Comment choisir le bon établissement
ne fois la décision prise de placer un proche dans une maison de retraite, il faut s'atteler sans tarder à la recherche d'un établissement. " Il faut se donner du temps. Le pire est de se retrouver au pied du mur et de chercher dans l'urgence un point de chute. Ce scénario est fréquent lorsque l'hôpital vous annonce ne plus pouvoir garder votre parent ", prévient Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Syndicat national des établissements et résidences privées pour personnes âgées (Synerpa).
Cette phase de recherche est cruciale. Ce laps de temps doit être mis à profit pour sélectionner la maison la mieux adaptée aux besoins médicaux et au confort de la personne âgée. " Pour trouver la "bonne adresse", il faudrait idéalement disposer de six à huit mois. Cette période est utile pour effectuer des visites, comparer, et aussi pour maîtriser les circuits complexes de financement ", ajoute Mme Arnaiz-Maumé. Mieux vaut toujours postuler dans plusieurs maisons de retraite, car dans certains secteurs, la demande excède l'offre et il existe des listes d'attente.
Le premier critère de choix est financier. Les structures privées proposent des tarifs de 20 à 30 % plus chers que ceux des établissements publics ou gérés par le monde associatif. Outre l'aspect financier, le critère géographique est important. Pas la peine de fonder tous ses espoirs sur une admission dans la maison de retraite en face de chez soi ! L'endroit le plus proche n'est pas forcément le meilleur, ni même le plus adapté. Pour se donner plus de chances de trouver, la zone de prospection doit être assez large, sans pour autant être trop éloignée du domicile des proches susceptibles d'effectuer des visites.
Certaines structures sont spécialisées dans l'accueil de personnes handicapées, non valides ou atteintes de maladie d'Alzheimer. " Il est important de connaître ces spécificités pour anticiper le déroulement des événements. C'est le cas, par exemple, lorsque la personne placée ne présente qu'un début de maladie d'Alzheimer ", explique Rose-Marie Van Lerberghe, présidente du directoire de Korian.
Pour se faire une idée sur la politique de l'établissement, il est nécessaire d'obtenir un premier rendez-vous avec son directeur. Outre une visite complète des lieux, le déroulé d'une journée type est aussi instructif. Ne pas hésiter à demander le projet médical et de vie de l'établissement, sans oublier le contrat de séjour, le règlement intérieur et la grille tarifaire.
Autre information à connaître : le nombre de personnes hébergées. Les plus petites unités comptent de 15 à 40 lits ; les plus grandes autour de 250. Pour mémoire, la taille moyenne en France tourne autour de 70. Un conseil : mieux vaut éviter les établissements de trop petits, car ils disposent de moyens limités pour investir, former ou recruter du personnel.
A l'opposé, les trop grandes structures ne sont pas non plus la panacée. Elles sont parfois critiquées pour leur côté " usine " et " désincarné ". Mieux vaut essayer de trouver le bon compromis. " Il faut cibler une taille critique d'établissement afin qu'il génère des économies d'échelle et assure une gestion de qualité ", ajoute Michaël Carré, directeur de Medialis.
Est-il possible de meubler la chambre ? De séjourner avec son animal de compagnie ou de suivre un régime alimentaire spécifique ? Voici d'autres réponses à obtenir qui en diront long sur la façon dont la personne âgée pourra s'intégrer à ce nouvel environnement et se sentir un peu " comme chez elle ". Derniers points à ne pas sous-estimer : s'informer sur le type d'animations proposées (ateliers mémoire, ergothérapie, psychomotricité, etc.), ainsi que le nombre de personnes prévues pour s'occuper de chaque résident tout au long de la journée (et de la nuit). " Autant d'informations à faire partager à la personne âgée pour l'aider à s'installer et à vivre dans les meilleures conditions ", insiste Mme Van Lerberghe.
Laurence Boccara
© Le Monde
mardi 12 janvier 2010
Les tarifs des maisons de retraite flambent
Les tarifs des maisons de retraite flambent
Publics ou privés, médicalisés ou non, plus de 8 000 établissements accueillent les personnes âgées. Leurs prix sont parfois prohibitifs
l existe environ 8 000 maisons de retraite en France. Les conditions d'accès et de prise en charge sont propres à chaque établissement. Si leur nombre reste insuffisant, la qualité des bâtiments et des prestations s'est nettement améliorée depuis une décennie. Revers de la médaille : une hausse généralisée des tarifs.
La majorité des maisons de retraite sont publiques. Contrairement à une idée répandue, la très grande majorité des établissements (70 %) sont publics. Les établissements privés à but non lucratif appartenant à des mutuelles ou des associations représentent environ 15 % du marché.
Les établissements privés à but lucratif peuvent soit - c'est le cas le plus fréquent - faire partie de groupes importants, soit être indépendants.
Le statut de l'établissement n'est pas sans incidence sur ses tarifs... Les établissements publics pratiquent des prix modérés à moyens. Le secteur privé associatif se caractérise par un large éventail de prix, qui va du très bon marché au tarif supérieur. Enfin les maisons de retraite privées affichent des tarifs moyens à très élevés. Francis Weill, directeur général du groupe Korian, l'un des deux poids lourds privés du marché avec Orpea, le reconnaît, " les établissements privés pratiquent des prix supérieurs à ceux du secteur public ".
Certains établissements se spécialisent dans un type de dépendance. Contrairement aux foyers logements, qui n'accueillent que des personnes valides, les maisons de retraite sont des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ephad). " Près de 50 % de nos pensionnaires sont atteints de démence sénile ", confie Francis Weill.
En principe, tous les établissements sont censés accueillir tous les niveaux de dépendance, y compris les plus lourds, " mais ils peuvent se spécialiser et, par exemple, ne prendre que des pensionnaires atteints de la maladie d'Alzheimer ", précise Anne Kieffer, médecin gériatre à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Dans tous les cas, les Ephad doivent avoir un " médecin coordonnateur ", qui évalue l'état de dépendance des seniors. Son rôle consiste également à élaborer le projet général de soins et à coordonner l'action des professionnels de santé qui travaillent dans son établissement.
Des prix variables d'un établissement à l'autre. L'éventail des tarifs des maisons de retraite est très large : il va de 40 à 120 euros par jour. Avec un prix moyen de l'ordre de 50-60 euros par jour. Ces établissements sont donc chers, si l'on compare leurs tarifs au montant moyen de la retraite en France, proche de 1 200 euros par mois... " Beaucoup d'établissements sont récents ou ont été rénovés depuis peu, note David Jacquet, coauteur avec Patrick Lelong du Guide de la dépendance. Bien équipés, ils répondent aux dernières normes en matière d'hygiène, de confort et de sécurité : tout cela a un coût ! "
Deux tarifs : hébergement et soin. Les tarifs mentionnés comprennent deux types de prestations. Il y a d'abord le " tarif d'hébergement ", qui correspond au coût de l'accueil hôtelier, de la restauration et des animations ; il est supporté par la personne hébergée. Il y a ensuite le " tarif soins " qui englobe les frais médicaux, les médecins, kinés, psys, etc. Ces frais sont pris en charge par la Sécurité sociale.
Pour les personnes qui ne sont pas autonomes, il faut aussi ajouter le " tarif dépendance ". Ce sont les frais liés à l'assistance au quotidien de la personne. Ces dépenses sont supportées par la personne âgée, mais l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) permet d'alléger la facture. Attention, les tarifs sont toujours présentés hors frais de dépendance.
Des établissements plus accueillants. " Les maisons de retraite d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec ce que l'on a pu connaître il y a peu encore... ", confie Anne Kieffer. En effet, La plupart des établissements proposent des chambres individuelles, avec salle de bains et toilettes attenants. Il y a toujours une salle à manger et un salon télévision ; souvent une bibliothèque ou un jardin.
Ainsi, se réjouit Pierre Montagne, directeur de la Mutuelle du bien vieillir (MBV), " nous avons installé dans chacun de nos établissements un salon de coiffure et un salon de beauté ". La MBV se veut une sorte de laboratoire dans lequel on pense la tranche de vie 80- 100 ans. " Dans nos maisons, ajoute Pierre Montagne, les pensionnaires sont libres de se lever et de se coucher quand ils le décident, d'amener leurs objets personnels et leur animal de compagnie : ils ne sont pas dans une caserne ! "
Tous les établissements proposent d'ailleurs des activités : jeux de société, atelier de mémoire, activités manuelles, gym douce. Certains organisent aussi des sorties : visites, musées, etc.
Des aides financières encore insuffisantes. En principe, c'est la personne âgée qui doit payer l'établissement qui l'accueille. Si ses revenus sont modestes, elle peut demander l'aide personnalisée au logement (APL), qui finance tout ou partie du tarif d'hébergement.
Lorsque la personne ne peut pas faire face, sa famille, et notamment ses enfants doivent l'aider car ils ont une " obligation alimentaire ". Si aucun parent ne peut aider la personne âgée, la collectivité la prend en charge à travers l'aide sociale. Dans ce cas, il lui faut trouver un établissement conventionné. Si la personne âgée est dépendante, rappelons qu'elle a droit à l'APA, versée par le conseil général. En maison de retraite, l'APA sert à payer une partie du " tarif dépendance " de l'établissement. En principe, le " ticket modérateur " reste à la charge de l'intéressée.
Stéphane Corone
© Le Monde
Publics ou privés, médicalisés ou non, plus de 8 000 établissements accueillent les personnes âgées. Leurs prix sont parfois prohibitifs
l existe environ 8 000 maisons de retraite en France. Les conditions d'accès et de prise en charge sont propres à chaque établissement. Si leur nombre reste insuffisant, la qualité des bâtiments et des prestations s'est nettement améliorée depuis une décennie. Revers de la médaille : une hausse généralisée des tarifs.
La majorité des maisons de retraite sont publiques. Contrairement à une idée répandue, la très grande majorité des établissements (70 %) sont publics. Les établissements privés à but non lucratif appartenant à des mutuelles ou des associations représentent environ 15 % du marché.
Les établissements privés à but lucratif peuvent soit - c'est le cas le plus fréquent - faire partie de groupes importants, soit être indépendants.
Le statut de l'établissement n'est pas sans incidence sur ses tarifs... Les établissements publics pratiquent des prix modérés à moyens. Le secteur privé associatif se caractérise par un large éventail de prix, qui va du très bon marché au tarif supérieur. Enfin les maisons de retraite privées affichent des tarifs moyens à très élevés. Francis Weill, directeur général du groupe Korian, l'un des deux poids lourds privés du marché avec Orpea, le reconnaît, " les établissements privés pratiquent des prix supérieurs à ceux du secteur public ".
Certains établissements se spécialisent dans un type de dépendance. Contrairement aux foyers logements, qui n'accueillent que des personnes valides, les maisons de retraite sont des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ephad). " Près de 50 % de nos pensionnaires sont atteints de démence sénile ", confie Francis Weill.
En principe, tous les établissements sont censés accueillir tous les niveaux de dépendance, y compris les plus lourds, " mais ils peuvent se spécialiser et, par exemple, ne prendre que des pensionnaires atteints de la maladie d'Alzheimer ", précise Anne Kieffer, médecin gériatre à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Dans tous les cas, les Ephad doivent avoir un " médecin coordonnateur ", qui évalue l'état de dépendance des seniors. Son rôle consiste également à élaborer le projet général de soins et à coordonner l'action des professionnels de santé qui travaillent dans son établissement.
Des prix variables d'un établissement à l'autre. L'éventail des tarifs des maisons de retraite est très large : il va de 40 à 120 euros par jour. Avec un prix moyen de l'ordre de 50-60 euros par jour. Ces établissements sont donc chers, si l'on compare leurs tarifs au montant moyen de la retraite en France, proche de 1 200 euros par mois... " Beaucoup d'établissements sont récents ou ont été rénovés depuis peu, note David Jacquet, coauteur avec Patrick Lelong du Guide de la dépendance. Bien équipés, ils répondent aux dernières normes en matière d'hygiène, de confort et de sécurité : tout cela a un coût ! "
Deux tarifs : hébergement et soin. Les tarifs mentionnés comprennent deux types de prestations. Il y a d'abord le " tarif d'hébergement ", qui correspond au coût de l'accueil hôtelier, de la restauration et des animations ; il est supporté par la personne hébergée. Il y a ensuite le " tarif soins " qui englobe les frais médicaux, les médecins, kinés, psys, etc. Ces frais sont pris en charge par la Sécurité sociale.
Pour les personnes qui ne sont pas autonomes, il faut aussi ajouter le " tarif dépendance ". Ce sont les frais liés à l'assistance au quotidien de la personne. Ces dépenses sont supportées par la personne âgée, mais l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) permet d'alléger la facture. Attention, les tarifs sont toujours présentés hors frais de dépendance.
Des établissements plus accueillants. " Les maisons de retraite d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec ce que l'on a pu connaître il y a peu encore... ", confie Anne Kieffer. En effet, La plupart des établissements proposent des chambres individuelles, avec salle de bains et toilettes attenants. Il y a toujours une salle à manger et un salon télévision ; souvent une bibliothèque ou un jardin.
Ainsi, se réjouit Pierre Montagne, directeur de la Mutuelle du bien vieillir (MBV), " nous avons installé dans chacun de nos établissements un salon de coiffure et un salon de beauté ". La MBV se veut une sorte de laboratoire dans lequel on pense la tranche de vie 80- 100 ans. " Dans nos maisons, ajoute Pierre Montagne, les pensionnaires sont libres de se lever et de se coucher quand ils le décident, d'amener leurs objets personnels et leur animal de compagnie : ils ne sont pas dans une caserne ! "
Tous les établissements proposent d'ailleurs des activités : jeux de société, atelier de mémoire, activités manuelles, gym douce. Certains organisent aussi des sorties : visites, musées, etc.
Des aides financières encore insuffisantes. En principe, c'est la personne âgée qui doit payer l'établissement qui l'accueille. Si ses revenus sont modestes, elle peut demander l'aide personnalisée au logement (APL), qui finance tout ou partie du tarif d'hébergement.
Lorsque la personne ne peut pas faire face, sa famille, et notamment ses enfants doivent l'aider car ils ont une " obligation alimentaire ". Si aucun parent ne peut aider la personne âgée, la collectivité la prend en charge à travers l'aide sociale. Dans ce cas, il lui faut trouver un établissement conventionné. Si la personne âgée est dépendante, rappelons qu'elle a droit à l'APA, versée par le conseil général. En maison de retraite, l'APA sert à payer une partie du " tarif dépendance " de l'établissement. En principe, le " ticket modérateur " reste à la charge de l'intéressée.
Stéphane Corone
© Le Monde
Peut-on se passer d'une assurance ?
Peut-on se passer d'une assurance ?
Le coût d'une couverture est élevé, mais elle se révèle souvent indispensable
erdre son autonomie est un drame humain, mais peut aussi devenir une tragédie financière. Les dépenses que la perte d'autonomie engendre peuvent largement dépasser les revenus d'un retraité. " Entre l'aménagement du logement, l'emploi d'aides à domicile, voire l'hébergement en établissement spécialisé, le coût moyen estimé d'une perte complète d'autonomie s'élève de 2 500 à 3 500 euros par mois ", éclaire le docteur Edouard Bidou, directeur de l'innovation au Groupe Prévoir.
Selon l'importance de l'aide fournie par l'environnement familial, le type de soins prodigués, la zone de résidence et, en cas d'hébergement complet, le standing de l'établissement, la facture varie de quelques centaines d'euros jusqu'à 5 000 euros par mois. Dans une étude de l'inspection générale des affaires sociales rendue publique en octobre, le reste à charge des personnes hébergées en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) est évalué à 2 200 euros par mois, en tenant compte de l'ensemble des frais mais aussi de toutes les aides. Un montant de 1 500 euros est jugé " incompressible ".
Risque théorique
L'état de dépendance étant susceptible de durer plusieurs années - 4 à 5 ans en moyenne -, la facture finale peut s'envoler et toute personne ne disposant pas d'un minimum de 100 000 euros est théoriquement en risque !
Pour ceux qui disposent d'un patrimoine important, susceptible d'absorber une telle dépense, ou de revenus de retraite suffisants, ce n'est pas un vrai souci. D'autant que " le risque n'est pas une fatalité, selon Dominique Chevillon, directeur de l'épargne chez MAAF, on estime que 20 % d'une génération âgée de 65 ans deviendra lourdement dépendante, mais à 75 ans, seulement 4 à 5 % des personnes ont perdu leur autonomie et ce n'est qu'après 90 ans que la proportion monte à 25 % ". Ce qui laisse 80 % de chances de vieillir en bonne santé, ou avec une perte d'autonomie limitée. Dans ce cas, l'assurance n'est pas indispensable, sauf à vouloir mettre le patrimoine à l'abri de ces dépenses, en privilégiant des produits à dominante d'épargne.
Le vrai problème financier se pose pour les personnes trop riches pour compter intégralement sur les aides sociales, mais pas assez pour se reposer sur leurs économies. L'allocation personnalisée d'autonomie (APA) est en effet versée à chaque personne dépendante, mais le montant est plafonné à 1 224 euros pour les cas graves.
Les montants étant insuffisants pour couvrir la totalité des dépenses, l'assurance représente alors un renfort très efficace puisque ses prestations s'ajoutent à celles des organismes sociaux. Elle permet de disposer de moyens supplémentaires sans peser sur l'entourage, ou de ne pas entamer un patrimoine destiné à des héritiers. Le coût n'est pas anodin, mais, au regard du risque encouru, il est raisonnable, surtout si le contrat est souscrit avant 60 ans. " Mais attention, prévient Anne de Vivie, du site d'information Agevillage.com, les outils d'évaluation des assureurs ne sont pas forcément les mêmes que ceux des organismes sociaux, et une personne reconnue dépendante peut se voir refuser le versement de la rente par l'assureur, si elle n'est pas en état d'extrême perte d'autonomie. "
Que ce soit par le biais des contrats individuels, des complémentaires santé ou des couvertures d'entreprises, trois millions de personnes sont couvertes en France, selon la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA). Jérôme Cornu, son directeur des études, estime que " 10 millions de Français auraient intérêt à se protéger ". Les rentes déjà servies par des compagnies aux personnes dépendantes (15 000 environ) s'élèvent en moyenne à 550 euros par mois. p
E. L.
Le coût d'une couverture est élevé, mais elle se révèle souvent indispensable
erdre son autonomie est un drame humain, mais peut aussi devenir une tragédie financière. Les dépenses que la perte d'autonomie engendre peuvent largement dépasser les revenus d'un retraité. " Entre l'aménagement du logement, l'emploi d'aides à domicile, voire l'hébergement en établissement spécialisé, le coût moyen estimé d'une perte complète d'autonomie s'élève de 2 500 à 3 500 euros par mois ", éclaire le docteur Edouard Bidou, directeur de l'innovation au Groupe Prévoir.
Selon l'importance de l'aide fournie par l'environnement familial, le type de soins prodigués, la zone de résidence et, en cas d'hébergement complet, le standing de l'établissement, la facture varie de quelques centaines d'euros jusqu'à 5 000 euros par mois. Dans une étude de l'inspection générale des affaires sociales rendue publique en octobre, le reste à charge des personnes hébergées en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) est évalué à 2 200 euros par mois, en tenant compte de l'ensemble des frais mais aussi de toutes les aides. Un montant de 1 500 euros est jugé " incompressible ".
Risque théorique
L'état de dépendance étant susceptible de durer plusieurs années - 4 à 5 ans en moyenne -, la facture finale peut s'envoler et toute personne ne disposant pas d'un minimum de 100 000 euros est théoriquement en risque !
Pour ceux qui disposent d'un patrimoine important, susceptible d'absorber une telle dépense, ou de revenus de retraite suffisants, ce n'est pas un vrai souci. D'autant que " le risque n'est pas une fatalité, selon Dominique Chevillon, directeur de l'épargne chez MAAF, on estime que 20 % d'une génération âgée de 65 ans deviendra lourdement dépendante, mais à 75 ans, seulement 4 à 5 % des personnes ont perdu leur autonomie et ce n'est qu'après 90 ans que la proportion monte à 25 % ". Ce qui laisse 80 % de chances de vieillir en bonne santé, ou avec une perte d'autonomie limitée. Dans ce cas, l'assurance n'est pas indispensable, sauf à vouloir mettre le patrimoine à l'abri de ces dépenses, en privilégiant des produits à dominante d'épargne.
Le vrai problème financier se pose pour les personnes trop riches pour compter intégralement sur les aides sociales, mais pas assez pour se reposer sur leurs économies. L'allocation personnalisée d'autonomie (APA) est en effet versée à chaque personne dépendante, mais le montant est plafonné à 1 224 euros pour les cas graves.
Les montants étant insuffisants pour couvrir la totalité des dépenses, l'assurance représente alors un renfort très efficace puisque ses prestations s'ajoutent à celles des organismes sociaux. Elle permet de disposer de moyens supplémentaires sans peser sur l'entourage, ou de ne pas entamer un patrimoine destiné à des héritiers. Le coût n'est pas anodin, mais, au regard du risque encouru, il est raisonnable, surtout si le contrat est souscrit avant 60 ans. " Mais attention, prévient Anne de Vivie, du site d'information Agevillage.com, les outils d'évaluation des assureurs ne sont pas forcément les mêmes que ceux des organismes sociaux, et une personne reconnue dépendante peut se voir refuser le versement de la rente par l'assureur, si elle n'est pas en état d'extrême perte d'autonomie. "
Que ce soit par le biais des contrats individuels, des complémentaires santé ou des couvertures d'entreprises, trois millions de personnes sont couvertes en France, selon la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA). Jérôme Cornu, son directeur des études, estime que " 10 millions de Français auraient intérêt à se protéger ". Les rentes déjà servies par des compagnies aux personnes dépendantes (15 000 environ) s'élèvent en moyenne à 550 euros par mois. p
E. L.
Le rôle des entreprises Les solutions qu'elles proposent pour faire face à la dépendance sont très avantageuses
Le rôle des entreprises
Les solutions qu'elles proposent pour faire face à la dépendance sont très avantageuses
es entreprises commencent à se préoccuper du risque de dépendance de leurs salariés. " Nous constatons depuis deux ans dans les appels d'offres des grandes entreprises l'existence de chapitres dédiés à la perte d'autonomie ", observe Martine Rapoport, directrice des clientèles collectives de CNP Assurances. La facture peut facilement être divisée par deux.
Le coût d'une garantie dépendance dans un contrat collectif d'entreprise dépend de la moyenne d'âge des salariés, mais est inférieur à celui d'un contrat individuel. A l'absence de risque d'anti-sélection lié au caractère obligatoire du contrat s'ajoute le fait que les cotisations sont versées plus longtemps que dans les produits individuels, souscrits en général à partir de 55 ou 60 ans. De plus, l'entreprise finance généralement une bonne partie de cette protection.
Lorsque le salarié part en retraite, l'assureur lui propose de poursuivre le contrat, à prestations inchangées. Le montant de la cotisation est identique, cependant la charge réelle augmente puisque le nouveau retraité n'a plus droit à la contribution de son employeur. En moyenne, la couverture apportée par les entreprises s'élève de 500 à 600 euros par mois.
Au-delà du risque de dépendance, les entreprises cherchent aussi à protéger leurs salariés des conséquences de la perte d'autonomie d'un parent, dans le but de limiter l'absentéisme. Les contrats comportent des volets d'assistance (aide aux démarches, recherche d'aides sociales) que les salariés peuvent activer si leurs proches sont confrontés à ce drame.
Enfin, dans les entreprises où existent des contrats de retraite par capitalisation, dits " article 83 ", il est de plus en plus fréquent de rencontrer des options permettant de doubler le montant de la rente viagère en cas de perte d'autonomie.
Eric Leroux
© Le Monde
Les solutions qu'elles proposent pour faire face à la dépendance sont très avantageuses
es entreprises commencent à se préoccuper du risque de dépendance de leurs salariés. " Nous constatons depuis deux ans dans les appels d'offres des grandes entreprises l'existence de chapitres dédiés à la perte d'autonomie ", observe Martine Rapoport, directrice des clientèles collectives de CNP Assurances. La facture peut facilement être divisée par deux.
Le coût d'une garantie dépendance dans un contrat collectif d'entreprise dépend de la moyenne d'âge des salariés, mais est inférieur à celui d'un contrat individuel. A l'absence de risque d'anti-sélection lié au caractère obligatoire du contrat s'ajoute le fait que les cotisations sont versées plus longtemps que dans les produits individuels, souscrits en général à partir de 55 ou 60 ans. De plus, l'entreprise finance généralement une bonne partie de cette protection.
Lorsque le salarié part en retraite, l'assureur lui propose de poursuivre le contrat, à prestations inchangées. Le montant de la cotisation est identique, cependant la charge réelle augmente puisque le nouveau retraité n'a plus droit à la contribution de son employeur. En moyenne, la couverture apportée par les entreprises s'élève de 500 à 600 euros par mois.
Au-delà du risque de dépendance, les entreprises cherchent aussi à protéger leurs salariés des conséquences de la perte d'autonomie d'un parent, dans le but de limiter l'absentéisme. Les contrats comportent des volets d'assistance (aide aux démarches, recherche d'aides sociales) que les salariés peuvent activer si leurs proches sont confrontés à ce drame.
Enfin, dans les entreprises où existent des contrats de retraite par capitalisation, dits " article 83 ", il est de plus en plus fréquent de rencontrer des options permettant de doubler le montant de la rente viagère en cas de perte d'autonomie.
Eric Leroux
© Le Monde
Le Meccano des aides publique
Le Meccano des aides publique
Un million de personnes bénéficient de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) versée par les départements aux personnes dépendantes vivant chez elles ou dans un établissement
'un montant de 5 milliards d'euros, l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) est versée par les départements à 1,12 million de personnes dépendantes âgées d'au moins 60 ans, pour les aider dans leur vie quotidienne. Selon une étude de la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES), 61 % des bénéficiaires vivent chez eux et 39 % en maison de retraite. Le montant moyen de l'APA s'élève à 546 euros par mois pour les personnes les plus dépendantes (GIR 1 et 2) et à 339 euros pour les personnes partiellement autonomes (GIR 3 et 4). L'APA n'est pas soumise à des conditions de ressources, mais celles-ci ont un impact sur son montant.
Pour les personnes vivant chez elles, elle est calculée en trois étapes. D'abord, l'intéressé dépose un dossier auprès du conseil général de son département. Une équipe médico-sociale est alors saisie et l'un de ses membres rend visite à la personne pour la classer dans un " groupe iso-ressources " (GIR). Ces groupes permettent un classement en fonction du degré d'autonomie, du GIR 4 pour les personnes peu dépendantes au GIR 1 pour les personnes les plus dépendantes. A chaque groupe correspond une allocation maximale : de 524,84 euros pour le GIR 4 à 1 224,63 euros pour le GIR 1.
Puis on établit le " plan d'aide " dont la personne a besoin. Cela peut être l'embauche d'une aide à domicile deux heures par jour pour préparer les repas ou bien l'embauche d'une voisine qui viendra le matin pour aider la personne à faire sa toilette et s'habiller. En fonction de l'importance du plan d'aide, la personne a droit au montant maximum prévu pour son GIR ou à une fraction de celui-ci.
Enfin, on détermine la participation financière de l'intéressé. Elle est fonction de ses revenus durant l'année précédant la demande. Pour les personnes qui vivent en couple, on prend en compte les ressources du ménage. En dessous de 689,50 euros par mois, le plan d'aide est entièrement financé par l'APA. Lorsque les revenus sont compris entre 689,50 euros et 2 747,70 euros, on applique une formule qui tient compte à la fois des ressources et de la fraction du plan d'aide utilisé, pour déterminer le montant de l'allocation. Pour les personnes dont les revenus dépassent 2 747,70 euros, le rôle de l'APA devient marginal, car ils doivent financer 90 % du plan d'aide.
Prenons un exemple : une personne est classée en GIR 2 et elle utilise 80 % du plan d'aide. Le montant maximal de l'APA en GIR 2 est de 1 049,68 euros. La personne a donc théoriquement droit à 80 % de cette somme, soit 839,74 euros et c'est ce qu'elle recevra si ses ressources sont inférieures à 689,50 euros. Si elles dépassent 2 747,70 euros, elle ne recevra que 10 % de cette somme, soit 83,97 euros.
Si ses revenus se situent entre ces deux extrêmes, par exemple à 1 200 euros, elle recevra 652 euros et devra participer à hauteur de 187 euros. L'aide est versée chaque mois à la personne dépendante, qui doit l'utiliser pour payer les services prévus. Le bénéficiaire choisit son salarié. " Il peut embaucher un membre de sa famille, rappelle Anne Kieffer, médecin gériatre à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, excepté son conjoint, son concubin ou la personne avec laquelle il est pacsé. " Il peut également faire appel à une association agréée, qui lui trouvera un salarié. Attention, le conseil général vérifie que l'argent versé est utilisé comme convenu.
Pour les personnes qui vivent en maison de retraite, l'équipe médicale de l'établissement évalue le degré de dépendance et fait la demande d'allocation. L'APA correspond au " tarif dépendance " appliqué par l'établissement. Le " ticket modérateur " qui reste à la charge de la personne âgée.
Stéphane Corone
© Le Monde
Un million de personnes bénéficient de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) versée par les départements aux personnes dépendantes vivant chez elles ou dans un établissement
'un montant de 5 milliards d'euros, l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) est versée par les départements à 1,12 million de personnes dépendantes âgées d'au moins 60 ans, pour les aider dans leur vie quotidienne. Selon une étude de la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES), 61 % des bénéficiaires vivent chez eux et 39 % en maison de retraite. Le montant moyen de l'APA s'élève à 546 euros par mois pour les personnes les plus dépendantes (GIR 1 et 2) et à 339 euros pour les personnes partiellement autonomes (GIR 3 et 4). L'APA n'est pas soumise à des conditions de ressources, mais celles-ci ont un impact sur son montant.
Pour les personnes vivant chez elles, elle est calculée en trois étapes. D'abord, l'intéressé dépose un dossier auprès du conseil général de son département. Une équipe médico-sociale est alors saisie et l'un de ses membres rend visite à la personne pour la classer dans un " groupe iso-ressources " (GIR). Ces groupes permettent un classement en fonction du degré d'autonomie, du GIR 4 pour les personnes peu dépendantes au GIR 1 pour les personnes les plus dépendantes. A chaque groupe correspond une allocation maximale : de 524,84 euros pour le GIR 4 à 1 224,63 euros pour le GIR 1.
Puis on établit le " plan d'aide " dont la personne a besoin. Cela peut être l'embauche d'une aide à domicile deux heures par jour pour préparer les repas ou bien l'embauche d'une voisine qui viendra le matin pour aider la personne à faire sa toilette et s'habiller. En fonction de l'importance du plan d'aide, la personne a droit au montant maximum prévu pour son GIR ou à une fraction de celui-ci.
Enfin, on détermine la participation financière de l'intéressé. Elle est fonction de ses revenus durant l'année précédant la demande. Pour les personnes qui vivent en couple, on prend en compte les ressources du ménage. En dessous de 689,50 euros par mois, le plan d'aide est entièrement financé par l'APA. Lorsque les revenus sont compris entre 689,50 euros et 2 747,70 euros, on applique une formule qui tient compte à la fois des ressources et de la fraction du plan d'aide utilisé, pour déterminer le montant de l'allocation. Pour les personnes dont les revenus dépassent 2 747,70 euros, le rôle de l'APA devient marginal, car ils doivent financer 90 % du plan d'aide.
Prenons un exemple : une personne est classée en GIR 2 et elle utilise 80 % du plan d'aide. Le montant maximal de l'APA en GIR 2 est de 1 049,68 euros. La personne a donc théoriquement droit à 80 % de cette somme, soit 839,74 euros et c'est ce qu'elle recevra si ses ressources sont inférieures à 689,50 euros. Si elles dépassent 2 747,70 euros, elle ne recevra que 10 % de cette somme, soit 83,97 euros.
Si ses revenus se situent entre ces deux extrêmes, par exemple à 1 200 euros, elle recevra 652 euros et devra participer à hauteur de 187 euros. L'aide est versée chaque mois à la personne dépendante, qui doit l'utiliser pour payer les services prévus. Le bénéficiaire choisit son salarié. " Il peut embaucher un membre de sa famille, rappelle Anne Kieffer, médecin gériatre à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, excepté son conjoint, son concubin ou la personne avec laquelle il est pacsé. " Il peut également faire appel à une association agréée, qui lui trouvera un salarié. Attention, le conseil général vérifie que l'argent versé est utilisé comme convenu.
Pour les personnes qui vivent en maison de retraite, l'équipe médicale de l'établissement évalue le degré de dépendance et fait la demande d'allocation. L'APA correspond au " tarif dépendance " appliqué par l'établissement. Le " ticket modérateur " qui reste à la charge de la personne âgée.
Stéphane Corone
© Le Monde
Lexique
Lexique
llocation personnalisée d'autonomie (APA) : : Allocation versée aux personnes dépendantes de plus de 60 ans, vivant chez elles ou dans un établissement spécialisé, dont le montant varie en fonction des ressources.
Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) : Lieu d'accueil médicalisé destiné aux personnes nécessitant une assistance quotidienne.
Grille autonomie gérontologie, groupes iso-ressource (AGGIR) : Grille d'évaluation du degré de dépendance d'une personne utilisée pour l'attribution de l'APA. Elle comprend 6 niveaux (1 à 6).
Dépendance totale : Perte d'autonomie totale déclenchant le versement d'une rente viagère par les assurances dépendance (groupes AGGIR 1 et 2).
Dépendance partielle : Incapacité à réaliser certains actes de la vie quotidienne, généralement classés dans les groupes AGGIR 3 et 4.
Rente viagère :Rente versée au bénéficiaire d'une assurance dépendance ayant perdu son autonomie jusqu'à son décès.
llocation personnalisée d'autonomie (APA) : : Allocation versée aux personnes dépendantes de plus de 60 ans, vivant chez elles ou dans un établissement spécialisé, dont le montant varie en fonction des ressources.
Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) : Lieu d'accueil médicalisé destiné aux personnes nécessitant une assistance quotidienne.
Grille autonomie gérontologie, groupes iso-ressource (AGGIR) : Grille d'évaluation du degré de dépendance d'une personne utilisée pour l'attribution de l'APA. Elle comprend 6 niveaux (1 à 6).
Dépendance totale : Perte d'autonomie totale déclenchant le versement d'une rente viagère par les assurances dépendance (groupes AGGIR 1 et 2).
Dépendance partielle : Incapacité à réaliser certains actes de la vie quotidienne, généralement classés dans les groupes AGGIR 3 et 4.
Rente viagère :Rente versée au bénéficiaire d'une assurance dépendance ayant perdu son autonomie jusqu'à son décès.
Les services à domicile, une option qui mérite attention
Les services à domicile, une option qui mérite attention
UASIMENT TOUTES les compagnies d'assurances incluent aujourd'hui dans leurs contrats dépendance un volet de services à domicile. En cas de dépendance partielle, il s'agit avant tout d'une aide ménagère, de livraisons de repas, ou d'une personne qui passe quotidiennement quelques heures avec eux, pour les aider à faire leurs courses ou effectuer leurs démarches administratives.
Trois solutions s'offrent aux seniors. La première consiste à employer en direct une seule et même personne, dont la tâche sera définie dans un contrat de travail. Avantage : cette démarche fidélise l'employé. Inconvénient : outre le fait qu'il est très difficile de dénicher la perle rare, il faut trouver quelqu'un d'autre pour la remplacer pendant ses vacances. A condition que le contrat le prévoie, la compagnie d'assurances fournit des informations pratiques sur l'embauche en direct et accompagne les seniors dans leurs démarches administratives.
Deuxième possibilité : passer par une association, qui met en relation un employé - dont les qualifications ont été vérifiées - et un employeur. Souvent, ladite association effectue quelques démarches administratives (comme la rédaction d'un contrat de travail), donne des conseils pour l'émission des fiches de paie, informe sur le règlement des prestations et la déduction fiscale attachée aux services à la personne... Certaines compagnies d'assurances fournissent directement des listes d'associations agréées afin de faciliter le choix des seniors.
Troisième et dernière option : utiliser les services d'un prestataire, superstructure qui se charge de toutes les démarches administratives, envoie un employé à domicile chez le senior et se fait payer chaque mois pour ses services. Attention, dans ce cas, la facture est de 20 à 30 % plus élevée, mais le senior est assuré d'avoir un suivi toute l'année, même pendant les vacances de son employé régulier.
Conditions générales
Bon à savoir : tous les contrats ne se valent pas, et selon les compagnies, les prestations sont plus ou moins complètes. Pour connaître les différences, il faut examiner à la loupe les conditions générales, qui précisent si l'assureur se contente d'une " mise en relation ", c'est-à-dire qu'il trouve sur demande de l'assuré un prestataire pour une tâche précise, ou s'il offre une " prise en charge ", ce qui signifie qu'il règle en plus les factures du prestataire.
Si ce n'est pas le cas, la plupart des contrats dépendance, qui versent une rente, comportent une option qui permet au bénéficiaire d'en transformer une partie en services à la personne. Cela évite des démarches administratives pour payer son employé à domicile, puisque dans ce cas, l'assureur paie le service.
Enfin, les contrats les plus récents proposent des prestations uniquement destinées aux proches. " Il s'agit de garanties "aide aux aidants", explique Anne Chatain, directrice de l'assurance-vie et de la prévoyance individuelle chez Groupama. Très souvent, ce sont ses proches qui soutiennent la personne dépendante et, lorsque la perte d'autonomie s'accroît, ils ont besoin de conseils, ou tout simplement d'une aide qui les soulage au quotidien. "
Marie Pellefigue
© Le Monde
UASIMENT TOUTES les compagnies d'assurances incluent aujourd'hui dans leurs contrats dépendance un volet de services à domicile. En cas de dépendance partielle, il s'agit avant tout d'une aide ménagère, de livraisons de repas, ou d'une personne qui passe quotidiennement quelques heures avec eux, pour les aider à faire leurs courses ou effectuer leurs démarches administratives.
Trois solutions s'offrent aux seniors. La première consiste à employer en direct une seule et même personne, dont la tâche sera définie dans un contrat de travail. Avantage : cette démarche fidélise l'employé. Inconvénient : outre le fait qu'il est très difficile de dénicher la perle rare, il faut trouver quelqu'un d'autre pour la remplacer pendant ses vacances. A condition que le contrat le prévoie, la compagnie d'assurances fournit des informations pratiques sur l'embauche en direct et accompagne les seniors dans leurs démarches administratives.
Deuxième possibilité : passer par une association, qui met en relation un employé - dont les qualifications ont été vérifiées - et un employeur. Souvent, ladite association effectue quelques démarches administratives (comme la rédaction d'un contrat de travail), donne des conseils pour l'émission des fiches de paie, informe sur le règlement des prestations et la déduction fiscale attachée aux services à la personne... Certaines compagnies d'assurances fournissent directement des listes d'associations agréées afin de faciliter le choix des seniors.
Troisième et dernière option : utiliser les services d'un prestataire, superstructure qui se charge de toutes les démarches administratives, envoie un employé à domicile chez le senior et se fait payer chaque mois pour ses services. Attention, dans ce cas, la facture est de 20 à 30 % plus élevée, mais le senior est assuré d'avoir un suivi toute l'année, même pendant les vacances de son employé régulier.
Conditions générales
Bon à savoir : tous les contrats ne se valent pas, et selon les compagnies, les prestations sont plus ou moins complètes. Pour connaître les différences, il faut examiner à la loupe les conditions générales, qui précisent si l'assureur se contente d'une " mise en relation ", c'est-à-dire qu'il trouve sur demande de l'assuré un prestataire pour une tâche précise, ou s'il offre une " prise en charge ", ce qui signifie qu'il règle en plus les factures du prestataire.
Si ce n'est pas le cas, la plupart des contrats dépendance, qui versent une rente, comportent une option qui permet au bénéficiaire d'en transformer une partie en services à la personne. Cela évite des démarches administratives pour payer son employé à domicile, puisque dans ce cas, l'assureur paie le service.
Enfin, les contrats les plus récents proposent des prestations uniquement destinées aux proches. " Il s'agit de garanties "aide aux aidants", explique Anne Chatain, directrice de l'assurance-vie et de la prévoyance individuelle chez Groupama. Très souvent, ce sont ses proches qui soutiennent la personne dépendante et, lorsque la perte d'autonomie s'accroît, ils ont besoin de conseils, ou tout simplement d'une aide qui les soulage au quotidien. "
Marie Pellefigue
© Le Monde
A quel âge est-il conseillé de souscrire ?
A quel âge est-il conseillé de souscrire ?
A DÉPENDANCE est l'un des derniers tabous de notre société. Difficile d'imaginer que, un jour, on ne sera plus capable de s'habiller ou de se nourrir seul. Or, souscrire une assurance dépendance revient forcément à envisager cette situation. Dans la pratique, la plupart des particuliers décidant de s'assurer contre ce risque le font au tournant de la soixantaine, lorsqu'ils sont confrontés à une situation similaire dans leur entourage familial : organiser l'entrée de ses parents dans un établissement spécialisé est l'occasion de réfléchir à ses propres besoins dans quinze, vingt ou vingt-cinq ans. Pourtant, plus l'assuré est jeune, plus faible sera sa cotisation. Chez Agipi, une personne de 50 ans verse une cotisation inférieure de 30 % à celle d'une personne de 65 ans pour assurer le même niveau de rente en cas de dépendance. Par ailleurs, il n'est généralement plus possible de souscrire ce type d'assurance après 75 ans. " Il est préférable de souscrire lorsqu'on est jeune, et en bonne santé, car la cotisation sera inférieure ", conseille Claude Fath, le président fondateur de l'association Agipi, qui a mis en place un système original : il est possible de verser l'ensemble des cotisations à son assurance dépendance sur une période limitée dans le temps.
Cela permet aux particuliers de souscrire à 50 ans, lorsqu'ils sont encore actifs, pour une durée de quinze ans, par exemple. Leur cotisation mensuelle sera un peu plus élevée, mais elle sera facilement absorbée, car ils sont encore en activité. Une fois à la retraite, ils restent assurés mais n'ont plus besoin de cotiser.
A. La.
© Le M
A DÉPENDANCE est l'un des derniers tabous de notre société. Difficile d'imaginer que, un jour, on ne sera plus capable de s'habiller ou de se nourrir seul. Or, souscrire une assurance dépendance revient forcément à envisager cette situation. Dans la pratique, la plupart des particuliers décidant de s'assurer contre ce risque le font au tournant de la soixantaine, lorsqu'ils sont confrontés à une situation similaire dans leur entourage familial : organiser l'entrée de ses parents dans un établissement spécialisé est l'occasion de réfléchir à ses propres besoins dans quinze, vingt ou vingt-cinq ans. Pourtant, plus l'assuré est jeune, plus faible sera sa cotisation. Chez Agipi, une personne de 50 ans verse une cotisation inférieure de 30 % à celle d'une personne de 65 ans pour assurer le même niveau de rente en cas de dépendance. Par ailleurs, il n'est généralement plus possible de souscrire ce type d'assurance après 75 ans. " Il est préférable de souscrire lorsqu'on est jeune, et en bonne santé, car la cotisation sera inférieure ", conseille Claude Fath, le président fondateur de l'association Agipi, qui a mis en place un système original : il est possible de verser l'ensemble des cotisations à son assurance dépendance sur une période limitée dans le temps.
Cela permet aux particuliers de souscrire à 50 ans, lorsqu'ils sont encore actifs, pour une durée de quinze ans, par exemple. Leur cotisation mensuelle sera un peu plus élevée, mais elle sera facilement absorbée, car ils sont encore en activité. Une fois à la retraite, ils restent assurés mais n'ont plus besoin de cotiser.
A. La.
© Le M
Des contrats complexes et difficiles à comparer
Des contrats complexes et difficiles à comparer
En cas de perte d'autonomie totale ou partielle, le souscripteur d'une assurance dépendance perçoit une rente jusqu'à son décès
HEIDI JACQUEMOUD
eux millions de personnes en France sont assurées contre le risque de dépendance, d'après la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA). Un quart d'entre elles sont couvertes par un contrat collectif, par exemple dans le cadre de leur entreprise. Les autres ont décidé de souscrire elles-mêmes une assurance dépendance.
Ces assurances fonctionnent à fonds perdus, comme l'assurance automobile. Si l'assuré ne devenait pas dépendant, il aurait cotisé " pour rien ", mais, de la même façon qu'un bon conducteur règle son assurance sans parfois jamais faire appel à ses services.
A l'inverse, si l'assuré devient dépendant, s'il ne peut plus réaliser seul les principaux actes de la vie quotidienne (s'habiller, se nourrir, se laver, se déplacer, etc.), l'assureur lui verse, jusqu'à la fin de ses jours, une rente non imposable dont le montant a été fixé lors de la souscription du contrat.
Mais contrairement à l'assurance automobile, l'assurance dépendance n'est pas obligatoire. Libre à chacun de décider, en fonction de ses prévisions de revenus à la retraite et du coût des établissements spécialisés, de l'opportunité de s'assurer. L'écart éventuel entre les revenus (retraite, allocations, revenus de l'épargne, etc.) et les besoins peut servir de référence pour calculer la rente nécessaire en cas de dépendance. A noter, les couples souscrivant ensemble une assurance dépendance bénéficient généralement d'une réduction sur le montant de la cotisation.
Dépendance partielle
Le niveau de cette rente, associé à l'âge du souscripteur et à son état de santé, détermine alors le montant de la cotisation. Plus l'assuré est jeune et en bonne santé, moins il paie cher. Ainsi, une personne de 60 ans va débourser 21,90 euros par mois pour percevoir une rente mensuelle de 500 euros en cas de dépendance totale chez Predica, ou 42 euros avec l'option dépendance partielle.
Certains contrats proposent, en effet, de s'assurer contre le risque de dépendance partielle. Le souscripteur est alors assuré de percevoir la moitié de sa rente s'il perd en partie son autonomie. Cette notion, comme celle de dépendance totale, doit bien sûr être validée par les services médicaux de l'assureur en fonction, par exemple, de la grille d'évaluation GIR (groupes iso-ressource).
" Les besoins de la personne et le coût engendré par la perte d'autonomie sont parfois presque aussi lourds en cas de dépendance partielle qu'en cas de dépendance totale, confie Karine d'Auzac de Lamartinie, responsable prévoyance des particuliers et des professionnels chez Predica (Crédit agricole Assurances). Il faut souvent adapter son logement, recourir à une aide à domicile, etc. C'est pourquoi nous proposons aussi à nos assurés de couvrir ce risque. "
En revanche, AG2R La Mondiale a choisi d'assurer uniquement le risque de dépendance totale. " Le risque de dépendance partielle est conditionné par une multitude de facteurs qu'il est difficile d'appréhender, explique Jean-François Ropelewski, directeur du marketing du groupe. Mais nous proposons en option de notre contrat Safir Plus Autonomie un capital de 3 000 à 30 000 euros en cas de dépendance partielle."
De nombreux contrats incluent donc un capital permettant à la personne dépendante d'équiper son logement. Ainsi, une personne de 65 ans souhaitant percevoir une rente de 500 euros par mois ainsi qu'un capital de 3 000 euros en cas de dépendance totale doit verser une cotisation mensuelle de 41,21 euros (ou 32,91 euros sans capital).
La plupart des contrats d'assurance dépendance donnent accès à des services téléphoniques d'assistance, permettant, par exemple, de trouver une aide ménagère ou, plus généralement, de répondre à l'ensemble des questions de l'assuré. Attention, ces services sont souvent réservés aux assurés devenus dépendants. A noter également, les contrats dépendance font l'objet d'un délai de carence pendant lequel l'assuré n'est pas couvert s'il devient dépendant. Autrement dit, si l'assuré devient dépendant durant les premières années de cotisation (généralement trois ans), il n'est pas couvert. Heureusement, ce délai ne s'applique généralement pas si la dépendance survient de façon accidentelle. La panoplie des services proposés varie considérablement d'une compagnie d'assurances à l'autre, ce qui rend les comparaisons difficiles, en particulier pour la dépendance partielle.
L'idée d'un label permettant de certifier les contrats en fonction de la nature et de la qualité des prestations fait son chemin. C'est l'une des pistes actuellement étudiées par le gouvernement, qui semble décidé à avancer rapidement sur ce sujet.
Agnès Lambert
© Le Monde
En cas de perte d'autonomie totale ou partielle, le souscripteur d'une assurance dépendance perçoit une rente jusqu'à son décès
HEIDI JACQUEMOUD
eux millions de personnes en France sont assurées contre le risque de dépendance, d'après la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA). Un quart d'entre elles sont couvertes par un contrat collectif, par exemple dans le cadre de leur entreprise. Les autres ont décidé de souscrire elles-mêmes une assurance dépendance.
Ces assurances fonctionnent à fonds perdus, comme l'assurance automobile. Si l'assuré ne devenait pas dépendant, il aurait cotisé " pour rien ", mais, de la même façon qu'un bon conducteur règle son assurance sans parfois jamais faire appel à ses services.
A l'inverse, si l'assuré devient dépendant, s'il ne peut plus réaliser seul les principaux actes de la vie quotidienne (s'habiller, se nourrir, se laver, se déplacer, etc.), l'assureur lui verse, jusqu'à la fin de ses jours, une rente non imposable dont le montant a été fixé lors de la souscription du contrat.
Mais contrairement à l'assurance automobile, l'assurance dépendance n'est pas obligatoire. Libre à chacun de décider, en fonction de ses prévisions de revenus à la retraite et du coût des établissements spécialisés, de l'opportunité de s'assurer. L'écart éventuel entre les revenus (retraite, allocations, revenus de l'épargne, etc.) et les besoins peut servir de référence pour calculer la rente nécessaire en cas de dépendance. A noter, les couples souscrivant ensemble une assurance dépendance bénéficient généralement d'une réduction sur le montant de la cotisation.
Dépendance partielle
Le niveau de cette rente, associé à l'âge du souscripteur et à son état de santé, détermine alors le montant de la cotisation. Plus l'assuré est jeune et en bonne santé, moins il paie cher. Ainsi, une personne de 60 ans va débourser 21,90 euros par mois pour percevoir une rente mensuelle de 500 euros en cas de dépendance totale chez Predica, ou 42 euros avec l'option dépendance partielle.
Certains contrats proposent, en effet, de s'assurer contre le risque de dépendance partielle. Le souscripteur est alors assuré de percevoir la moitié de sa rente s'il perd en partie son autonomie. Cette notion, comme celle de dépendance totale, doit bien sûr être validée par les services médicaux de l'assureur en fonction, par exemple, de la grille d'évaluation GIR (groupes iso-ressource).
" Les besoins de la personne et le coût engendré par la perte d'autonomie sont parfois presque aussi lourds en cas de dépendance partielle qu'en cas de dépendance totale, confie Karine d'Auzac de Lamartinie, responsable prévoyance des particuliers et des professionnels chez Predica (Crédit agricole Assurances). Il faut souvent adapter son logement, recourir à une aide à domicile, etc. C'est pourquoi nous proposons aussi à nos assurés de couvrir ce risque. "
En revanche, AG2R La Mondiale a choisi d'assurer uniquement le risque de dépendance totale. " Le risque de dépendance partielle est conditionné par une multitude de facteurs qu'il est difficile d'appréhender, explique Jean-François Ropelewski, directeur du marketing du groupe. Mais nous proposons en option de notre contrat Safir Plus Autonomie un capital de 3 000 à 30 000 euros en cas de dépendance partielle."
De nombreux contrats incluent donc un capital permettant à la personne dépendante d'équiper son logement. Ainsi, une personne de 65 ans souhaitant percevoir une rente de 500 euros par mois ainsi qu'un capital de 3 000 euros en cas de dépendance totale doit verser une cotisation mensuelle de 41,21 euros (ou 32,91 euros sans capital).
La plupart des contrats d'assurance dépendance donnent accès à des services téléphoniques d'assistance, permettant, par exemple, de trouver une aide ménagère ou, plus généralement, de répondre à l'ensemble des questions de l'assuré. Attention, ces services sont souvent réservés aux assurés devenus dépendants. A noter également, les contrats dépendance font l'objet d'un délai de carence pendant lequel l'assuré n'est pas couvert s'il devient dépendant. Autrement dit, si l'assuré devient dépendant durant les premières années de cotisation (généralement trois ans), il n'est pas couvert. Heureusement, ce délai ne s'applique généralement pas si la dépendance survient de façon accidentelle. La panoplie des services proposés varie considérablement d'une compagnie d'assurances à l'autre, ce qui rend les comparaisons difficiles, en particulier pour la dépendance partielle.
L'idée d'un label permettant de certifier les contrats en fonction de la nature et de la qualité des prestations fait son chemin. C'est l'une des pistes actuellement étudiées par le gouvernement, qui semble décidé à avancer rapidement sur ce sujet.
Agnès Lambert
© Le Monde
Les acteurs de la filière n'ont pas tous la même définition de la dépendance
Les acteurs de la filière n'ont pas tous la même définition de la dépendance
Une classification existe, mais elle est imparfaite. Le gouvernement devrait bientôt légiférer
uand ma mère est devenue dépendante, nous avons réalisé que, selon les intervenants vers lesquels nous nous tournions, elle n'était pas traitée de la même façon ", raconte Jean, un retraité parisien. Services sociaux, aide départementale aux seniors, aide sociale de la mairie et compagnies d'assurances n'ont pas la même approche du problème. Comment l'expliquer ? En fait, il n'existe pas de définition commune permettant de caractériser l'état pathologique d'un individu.
" A l'heure actuelle, les assureurs, caisses de retraite et intervenants publics n'ont pas la même lecture de ce qu'est la dépendance, explique Jean-François Ropelewski, directeur marketing du groupe AG2R La Mondiale. Cela explique qu'une personne peut être considérée comme partiellement dépendante par l'aide sociale, mais pas par sa compagnie d'assurances. "
Pour mesurer la perte d'autonomie, l'outil le plus largement utilisé est la grille de l'Aggir (Autonomie, gérontologie, groupe iso-ressources), destinée à évaluer le degré de dépendance physique et psychique. Cette grille détermine six groupes iso-ressources (les GIR), dans lesquels les personnes sont classées après un examen réalisé par leur médecin traitant, puis confirmé par un professionnel en gérontologie travaillant pour les services sociaux.
Un individu classé en GIR 1 est gravement dépendant - tant physiquement que mentalement - et a besoin d'une aide quotidienne et d'une présence constante à ses côtés. Le GIR 2 concerne plutôt les personnes qui ne peuvent plus se déplacer, mais dont les fonctions mentales demeurent intactes, ou celles qui ont perdu leurs facultés mentales, mais peuvent se déplacer seules. Lorsqu'un individu appartient à l'une de ces deux catégories, il est considéré comme totalement dépendant.
Les groupes GIR 3 et GIR 4 rassemblent les personnes qui ont conservé l'intégralité de leur autonomie mentale, mais sont diminuées physiquement et ont besoin d'aide dans la vie courante. La plupart sont considérées comme partiellement dépendantes.
Enfin, ceux qui n'ont besoin que d'une aide ponctuelle dans leur vie quotidienne sont classés en GIR 5, et ceux qui n'ont pas perdu leur autonomie pour les actes essentiels de la vie courante appartiennent à la catégorie GIR 6.
Dans le domaine de la dépendance, la classification GIR est essentielle, car elle détermine si une personne peut bénéficier de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA), pour l'aider à financer le coût de sa dépendance. " Cette aide est versée uniquement aux personnes classées en GIR 1 à GIR 4. Son montant varie en fonction du niveau de dépendance et des revenus de l'assisté ", précise Jean-Fançois Ropelewski.
A cette classification de base s'en ajoute une autre, basée sur un certain nombre d'actes de la vie quotidienne (dite avec AVQ), souvent utilisée par les assureurs. Sont considérées comme totalement dépendantes les personnes qui ne peuvent effectuer seules au moins trois des quatre actes quotidiens de la vie ordinaire (se déplacer, s'habiller, se laver, se nourrir). " Cette définition a l'avantage d'être simple, et compréhensible par tous nos assurés, confie Hervé Bouclier, directeur général de la MACSF-Epargne retraite. Un simple examen médical est généralement suffisant. "
Pour affiner leur analyse, certains assureurs soumettent leurs assurés à leurs propres tests afin de déterminer leur degré de sénilité. Mais si la mesure de la perte totale d'autonomie fait plutôt consensus, il n'en est pas de même pour la perte partielle. " Il est beaucoup plus compliqué de définir ce qu'est la dépendance partielle, car les approches des acteurs du public et du privé sont très différentes ", confirme Hervé Bouclier. Des divergences existent parfois au sein même des services sociaux, selon les départements qui analysent les dossiers.
Bonne nouvelle, cependant : pour mettre tous les Français sur un pied d'égalité, le projet de loi sur l'autonomie - attendu depuis deux ans et annoncé pour 2010 - devrait instaurer une norme commune pour tous les intervenants du secteur.
Marie Pellefigue
© Le Monde
Une classification existe, mais elle est imparfaite. Le gouvernement devrait bientôt légiférer
uand ma mère est devenue dépendante, nous avons réalisé que, selon les intervenants vers lesquels nous nous tournions, elle n'était pas traitée de la même façon ", raconte Jean, un retraité parisien. Services sociaux, aide départementale aux seniors, aide sociale de la mairie et compagnies d'assurances n'ont pas la même approche du problème. Comment l'expliquer ? En fait, il n'existe pas de définition commune permettant de caractériser l'état pathologique d'un individu.
" A l'heure actuelle, les assureurs, caisses de retraite et intervenants publics n'ont pas la même lecture de ce qu'est la dépendance, explique Jean-François Ropelewski, directeur marketing du groupe AG2R La Mondiale. Cela explique qu'une personne peut être considérée comme partiellement dépendante par l'aide sociale, mais pas par sa compagnie d'assurances. "
Pour mesurer la perte d'autonomie, l'outil le plus largement utilisé est la grille de l'Aggir (Autonomie, gérontologie, groupe iso-ressources), destinée à évaluer le degré de dépendance physique et psychique. Cette grille détermine six groupes iso-ressources (les GIR), dans lesquels les personnes sont classées après un examen réalisé par leur médecin traitant, puis confirmé par un professionnel en gérontologie travaillant pour les services sociaux.
Un individu classé en GIR 1 est gravement dépendant - tant physiquement que mentalement - et a besoin d'une aide quotidienne et d'une présence constante à ses côtés. Le GIR 2 concerne plutôt les personnes qui ne peuvent plus se déplacer, mais dont les fonctions mentales demeurent intactes, ou celles qui ont perdu leurs facultés mentales, mais peuvent se déplacer seules. Lorsqu'un individu appartient à l'une de ces deux catégories, il est considéré comme totalement dépendant.
Les groupes GIR 3 et GIR 4 rassemblent les personnes qui ont conservé l'intégralité de leur autonomie mentale, mais sont diminuées physiquement et ont besoin d'aide dans la vie courante. La plupart sont considérées comme partiellement dépendantes.
Enfin, ceux qui n'ont besoin que d'une aide ponctuelle dans leur vie quotidienne sont classés en GIR 5, et ceux qui n'ont pas perdu leur autonomie pour les actes essentiels de la vie courante appartiennent à la catégorie GIR 6.
Dans le domaine de la dépendance, la classification GIR est essentielle, car elle détermine si une personne peut bénéficier de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA), pour l'aider à financer le coût de sa dépendance. " Cette aide est versée uniquement aux personnes classées en GIR 1 à GIR 4. Son montant varie en fonction du niveau de dépendance et des revenus de l'assisté ", précise Jean-Fançois Ropelewski.
A cette classification de base s'en ajoute une autre, basée sur un certain nombre d'actes de la vie quotidienne (dite avec AVQ), souvent utilisée par les assureurs. Sont considérées comme totalement dépendantes les personnes qui ne peuvent effectuer seules au moins trois des quatre actes quotidiens de la vie ordinaire (se déplacer, s'habiller, se laver, se nourrir). " Cette définition a l'avantage d'être simple, et compréhensible par tous nos assurés, confie Hervé Bouclier, directeur général de la MACSF-Epargne retraite. Un simple examen médical est généralement suffisant. "
Pour affiner leur analyse, certains assureurs soumettent leurs assurés à leurs propres tests afin de déterminer leur degré de sénilité. Mais si la mesure de la perte totale d'autonomie fait plutôt consensus, il n'en est pas de même pour la perte partielle. " Il est beaucoup plus compliqué de définir ce qu'est la dépendance partielle, car les approches des acteurs du public et du privé sont très différentes ", confirme Hervé Bouclier. Des divergences existent parfois au sein même des services sociaux, selon les départements qui analysent les dossiers.
Bonne nouvelle, cependant : pour mettre tous les Français sur un pied d'égalité, le projet de loi sur l'autonomie - attendu depuis deux ans et annoncé pour 2010 - devrait instaurer une norme commune pour tous les intervenants du secteur.
Marie Pellefigue
© Le Monde
Trois questions à... Xavier Darcos
Trois questions à... Xavier Darcos
Xavier Darcos, vous êtes ministre du travail. L'instauration d'un nouveau système de protection contre la perte d'autonomie est-elle une nécessité ?
Oui, à plusieurs titres. Le nombre de personnes de plus de 85 ans va passer de 1 à 2 millions en France entre 2005 et 2015. Ce serait irresponsable de ne rien faire. C'est dès maintenant qu'il faut agir.
Comment financer le coût de la dépendance ? Il nous faudra trouver de nouveaux dispositifs pour permettre aux personnes dépendantes - si elles le désirent - de rester chez elles en étant accompagnée ou d'être hébergées en institution spécialisée. L'aspect financier est essentiel : la retraite moyenne d'une personne de 80 ans est d'environ 1 100 euros par mois, alors que le coût moyen de l'accueil dans une maison de retraite revient à 1 600 euros.
Quel rôle doit jouer la solidarité nationale ?
Nous devons maintenir des financements publics, qui ne sont pas négligeables. Environ 14 milliards d'euros sont consacrés chaque année à la dépendance.
Mais cette solidarité nationale ne suffira pas. Il faut inventer de nouveaux dispositifs et trouver un équilibre entre les financements publics, la solidarité familiale et la prévoyance individuelle et collective. On pourrait aussi faire jouer la solidarité familiale au travers d'une contribution limitée sur le patrimoine transmis aux enfants.
Pourra-t-on bientôt s'assurer individuellement ?
Avec Nora Berra, la secrétaire d'Etat aux aînés, nous voulons ouvrir en 2010 un large débat sur le vieillissement et la dépendance. Nous examinerons toutes les solutions. S'assurer, pourquoi pas ? Par définition, un risque peut et doit se prévenir.
On sait à quel âge survient la dépendance et sa durée approximative. On peut donc en estimer son coût et étaler son financement sur l'ensemble d'une vie, au moins en partie. Déjà 2 millions de personnes ont souscrit une assurance-dépendance. Il faut encourager ce mouvement, notamment dans le cadre collectif où l'entreprise participerait au financement, comme pour les complémentaires santé.
Mais rien n'est encore arrêté. De toute façon, l'Etat devra jouer son rôle de régulateur en labellisant les contrats pour éviter les abus. Il faudra aussi faire émerger de nouveaux métiers, notamment en validant les acquis de l'expérience.
Propos recueillis par P. Lg
Xavier Darcos, vous êtes ministre du travail. L'instauration d'un nouveau système de protection contre la perte d'autonomie est-elle une nécessité ?
Oui, à plusieurs titres. Le nombre de personnes de plus de 85 ans va passer de 1 à 2 millions en France entre 2005 et 2015. Ce serait irresponsable de ne rien faire. C'est dès maintenant qu'il faut agir.
Comment financer le coût de la dépendance ? Il nous faudra trouver de nouveaux dispositifs pour permettre aux personnes dépendantes - si elles le désirent - de rester chez elles en étant accompagnée ou d'être hébergées en institution spécialisée. L'aspect financier est essentiel : la retraite moyenne d'une personne de 80 ans est d'environ 1 100 euros par mois, alors que le coût moyen de l'accueil dans une maison de retraite revient à 1 600 euros.
Quel rôle doit jouer la solidarité nationale ?
Nous devons maintenir des financements publics, qui ne sont pas négligeables. Environ 14 milliards d'euros sont consacrés chaque année à la dépendance.
Mais cette solidarité nationale ne suffira pas. Il faut inventer de nouveaux dispositifs et trouver un équilibre entre les financements publics, la solidarité familiale et la prévoyance individuelle et collective. On pourrait aussi faire jouer la solidarité familiale au travers d'une contribution limitée sur le patrimoine transmis aux enfants.
Pourra-t-on bientôt s'assurer individuellement ?
Avec Nora Berra, la secrétaire d'Etat aux aînés, nous voulons ouvrir en 2010 un large débat sur le vieillissement et la dépendance. Nous examinerons toutes les solutions. S'assurer, pourquoi pas ? Par définition, un risque peut et doit se prévenir.
On sait à quel âge survient la dépendance et sa durée approximative. On peut donc en estimer son coût et étaler son financement sur l'ensemble d'une vie, au moins en partie. Déjà 2 millions de personnes ont souscrit une assurance-dépendance. Il faut encourager ce mouvement, notamment dans le cadre collectif où l'entreprise participerait au financement, comme pour les complémentaires santé.
Mais rien n'est encore arrêté. De toute façon, l'Etat devra jouer son rôle de régulateur en labellisant les contrats pour éviter les abus. Il faudra aussi faire émerger de nouveaux métiers, notamment en validant les acquis de l'expérience.
Propos recueillis par P. Lg
Le besoin d'informations demeure la priorité
Le besoin d'informations demeure la priorité
Notre enquête révèle que les Français, loin de jouer les autruches, se sentent concernés par le problème de la perte d'autonomie
e premier baromètre de la dépendance a été mis en place en 2008. En 2009, il s'est enrichi d'autres questions, tout en respectant la même méthode afin de pouvoir effectuer des comparaisons.
Qu'est-ce qui a changé dans la perception qu'ont nos concitoyens de la dépendance ? L'entreprise a-t-elle un rôle à jouer ?
Les Français s'estiment peu ou pas assez informés, et sont devenus plus exigeants qu'en 2008. Comme l'illustre ce choix de réponses aux questions du " baromètre France Info-Le Monde- Ocirp "
. Si un de vos proches devenait dépendant, estimeriez-vous, aujourd'hui, être suffisamment informé sur les conséquences de cette situation ?
Plus de la moitié des Français répondent non, alors qu'ils n'étaient que 45,4 % en 2008.
Nos concitoyens exigent donc plus d'informations et une communication plus précise
Connaissez-vous le coût mensuel moyen dépensé par une personne dépendante ?
64 % des personnes interrogées répondent non, et seulement 36 % par l'affirmative.
Quel est le coût de la dépendance ?
Plus de la moitié des Français sous estiment le coût de la dépendance, qu'ils situent entre 1 000 et 1 999 euros, alors qu'il est en moyenne de 2 000 euros.
Comment les personnes en situation de dépendance doivent-elles être aidées ?
Plus de 80 % des répondants estimaient en 2008 que la solution à privilégier restait le maintien à domicile. Cette année, cette proportion est moins importante (un peu plus de 70 %).
Pensez-vous qu'il est possible que les personnes dépendantes soient aidées au quotidien par leur famille ?
Le oui se détache à 72,4 %.
Pensez-vous que les personnes dépendantes doivent être aidées financièrement ?
Les Français interrogés répondent oui à 88,9 % en 2009, contre 86 % en 2008.
Pensez-vous que les personnes dépendantes doivent être aidées dans la vie de tous les jours ?
En 2009, comme en 2008, les Français sont conscients que les personnes dépendantes doivent être aidées dans leur vie de tous les jours (95,5 % contre 94,4 %).
Quel est le temps moyen quotidien nécessaire pour s'occuper d'une personne dépendante à son domicile ?
Seuls 28 % des sondés estiment que ce temps est compris entre cinq et dix heures. Les autres sont loin de la réalité puisque, selon une étude récente, le temps moyen nécessaire pour s'occuper d'une personne dépendante à domicile est de cinq heures trente.
Si vous aviez une personne adulte proche (parents, fratrie, enfants) en situation de dépendance, comment pourrait-elle être aidée ?
Entre 2008 et 2009, et en ce qui concerne les proches, la proportion des Français qui souhaitent favoriser " le maintien à domicile " reste très majoritaire, mais a sensiblement baissé (78,8 % en 2008 et 64,4 % en 2009)
Selon vous, quel est le temps moyen que votre famille pourrait consacrer à cette personne dépendante ?
En 2009 par rapport à 2008, plus de Français peuvent consacrer entre une heure et quatre heures quarante-neuf par jour, mais moins semblent consacrer plus de cinq heures.
En cas de perte d'autonomie d'un proche, et dans le cadre d'une recherche d'aide payante ou bénévole, la crise va-t-elle modifier vos comportements ?
60,8 % des personnes interrogées affirment que la crise économique va effectivement modifier leur comportement dans la recherche d'une aide pour un proche.
Questions à des DRH ou organisation syndicale de salariés : Pensez-vous que " vos salariés " seraient favorables à la mise en place d'un contrat collectif sur le risque dépendance ?
60 % des DRH répondent par l'affirmative, tout comme 50 % des organisations syndicales de salariés.
En tant que DRH ou organisation syndicale de salariés, pensez-vous que la dépendance doit trouver une réponse collective ou individuelle ?
68,1 % des DRH interrogés pensent que la dépendance doit trouver une réponse collective, contre seulement 44,7 % pour les organisations syndicales.
P. Lg
© Le Monde
Notre enquête révèle que les Français, loin de jouer les autruches, se sentent concernés par le problème de la perte d'autonomie
e premier baromètre de la dépendance a été mis en place en 2008. En 2009, il s'est enrichi d'autres questions, tout en respectant la même méthode afin de pouvoir effectuer des comparaisons.
Qu'est-ce qui a changé dans la perception qu'ont nos concitoyens de la dépendance ? L'entreprise a-t-elle un rôle à jouer ?
Les Français s'estiment peu ou pas assez informés, et sont devenus plus exigeants qu'en 2008. Comme l'illustre ce choix de réponses aux questions du " baromètre France Info-Le Monde- Ocirp "
. Si un de vos proches devenait dépendant, estimeriez-vous, aujourd'hui, être suffisamment informé sur les conséquences de cette situation ?
Plus de la moitié des Français répondent non, alors qu'ils n'étaient que 45,4 % en 2008.
Nos concitoyens exigent donc plus d'informations et une communication plus précise
Connaissez-vous le coût mensuel moyen dépensé par une personne dépendante ?
64 % des personnes interrogées répondent non, et seulement 36 % par l'affirmative.
Quel est le coût de la dépendance ?
Plus de la moitié des Français sous estiment le coût de la dépendance, qu'ils situent entre 1 000 et 1 999 euros, alors qu'il est en moyenne de 2 000 euros.
Comment les personnes en situation de dépendance doivent-elles être aidées ?
Plus de 80 % des répondants estimaient en 2008 que la solution à privilégier restait le maintien à domicile. Cette année, cette proportion est moins importante (un peu plus de 70 %).
Pensez-vous qu'il est possible que les personnes dépendantes soient aidées au quotidien par leur famille ?
Le oui se détache à 72,4 %.
Pensez-vous que les personnes dépendantes doivent être aidées financièrement ?
Les Français interrogés répondent oui à 88,9 % en 2009, contre 86 % en 2008.
Pensez-vous que les personnes dépendantes doivent être aidées dans la vie de tous les jours ?
En 2009, comme en 2008, les Français sont conscients que les personnes dépendantes doivent être aidées dans leur vie de tous les jours (95,5 % contre 94,4 %).
Quel est le temps moyen quotidien nécessaire pour s'occuper d'une personne dépendante à son domicile ?
Seuls 28 % des sondés estiment que ce temps est compris entre cinq et dix heures. Les autres sont loin de la réalité puisque, selon une étude récente, le temps moyen nécessaire pour s'occuper d'une personne dépendante à domicile est de cinq heures trente.
Si vous aviez une personne adulte proche (parents, fratrie, enfants) en situation de dépendance, comment pourrait-elle être aidée ?
Entre 2008 et 2009, et en ce qui concerne les proches, la proportion des Français qui souhaitent favoriser " le maintien à domicile " reste très majoritaire, mais a sensiblement baissé (78,8 % en 2008 et 64,4 % en 2009)
Selon vous, quel est le temps moyen que votre famille pourrait consacrer à cette personne dépendante ?
En 2009 par rapport à 2008, plus de Français peuvent consacrer entre une heure et quatre heures quarante-neuf par jour, mais moins semblent consacrer plus de cinq heures.
En cas de perte d'autonomie d'un proche, et dans le cadre d'une recherche d'aide payante ou bénévole, la crise va-t-elle modifier vos comportements ?
60,8 % des personnes interrogées affirment que la crise économique va effectivement modifier leur comportement dans la recherche d'une aide pour un proche.
Questions à des DRH ou organisation syndicale de salariés : Pensez-vous que " vos salariés " seraient favorables à la mise en place d'un contrat collectif sur le risque dépendance ?
60 % des DRH répondent par l'affirmative, tout comme 50 % des organisations syndicales de salariés.
En tant que DRH ou organisation syndicale de salariés, pensez-vous que la dépendance doit trouver une réponse collective ou individuelle ?
68,1 % des DRH interrogés pensent que la dépendance doit trouver une réponse collective, contre seulement 44,7 % pour les organisations syndicales.
P. Lg
© Le Monde
Les Français face au défi de la dépendance
Les Français face au défi de la dépendance
Un million de personnes pourraient se retrouver en situation de perte d'autonomie dans dix ans. Des solutions existent pour couvrir ce risque
n 2015, deux millions de personnes auront plus de 85 ans. Certaines d'entre elles verront leur autonomie décroître au fil des ans et ne pourront plus assumer les gestes simples de la vie quotidienne comme s'habiller, se nourrir et se déplacer.
Qu'avons-nous fait et que reste-il à accomplir pour accompagner nos aînés ? Nous n'avons que trop longtemps fermés les yeux un peu par pudeur, beaucoup par inconscience devant les conséquences d'une plus grande longévité. Que devient le projet de Nicolas Sarkozy de créer un " cinquième risque " ? La crise a remisé dans les cartons ces projets ambitieux. Espérons que ce choix ne sera que momentané.
Certes, il y a eu quelques mesures mais il s'agit plus de rénovations partielles que de véritables constructions, car nous ne savons toujours pas aujourd'hui ce que seront l'architecture et le financement de la " dépendance ".
Des outils existent, mais sont-ils vraiment adaptés à la situation ? Créée en 2001, l'aide personnalisée à l'autonomie (APA) est versée à plus d'un million de personnes, mais paradoxalement elle ne répond pas à ceux qui en ont le plus besoin, les plus dépendants.
Des organismes dédiés ont été mis en place comme la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Mais travaillent-ils main dans la main avec les conseils généraux ? Sont-ils des facilitateurs ou une couche supplémentaire " du mille-feuille décisionnel " dont notre pays a le secret ?
Le " plan Alzheimer " qui prévoit 1,6 milliard d'euros de dépenses publiques sur cinq ans, la création des agences régionales de santé, la prise en compte de la formation du personnel, tout cela va dans le bon sens, mais ce ne sont que les membres d'un squelette auquel manquerait la colonne vertébrale. Nous ne pouvons ignorer que les dépenses liées à la dépendance (1,4 % du PIB) vont en Europe doubler d'ici à 2060 !
Le président de la République annonçait en mai que " la question de la création d'un cinquième risque lié à la dépendance serait l'un des grands chantiers de l'année 2010 ". Grand chantier, grande ambition ? Nous l'espérons.
Cinquième risque
France Info et Le Monde, aux côtés de l'Ocirp, qui regroupe trente-neuf institutions de prévoyance, ont fait de la mise en place du cinquième risque une priorité au point d'y consacrer une journée spéciale, une édition dédiée et la mise en place d'un baromètre depuis 2008.
Des actes de colloques, issus de ces journées spéciales, se veulent des contributions à la réflexion collective. Jeudi 3 décembre, dans les studios de Radio France à l'occasion de la deuxième journée de la dépendance, Le Monde et France Info ont interrogé le ministre Xavier Darcos, et la secrétaire d'Etat Nora Berra, écouté et questionné les spécialistes, sociologues, économistes, spécialistes de l'action sociale.
De cette journée d'échange entre experts et responsables politiques, il a été tiré par les institutions de prévoyance membre de l'Ocirp, des propositions remises en main propre aux responsables politiques concernés et portées à la connaissance du président de la République. Jean Manuel Kupiec, directeur général adjoint de l'Ocirp, s'est porté garant de la synthèse. L'avenir dira si ces propositions seront suivies d'effets ou si nous laisserons les générations futures prendre la mesure du défi.
Par Patrick Lelong
Un million de personnes pourraient se retrouver en situation de perte d'autonomie dans dix ans. Des solutions existent pour couvrir ce risque
n 2015, deux millions de personnes auront plus de 85 ans. Certaines d'entre elles verront leur autonomie décroître au fil des ans et ne pourront plus assumer les gestes simples de la vie quotidienne comme s'habiller, se nourrir et se déplacer.
Qu'avons-nous fait et que reste-il à accomplir pour accompagner nos aînés ? Nous n'avons que trop longtemps fermés les yeux un peu par pudeur, beaucoup par inconscience devant les conséquences d'une plus grande longévité. Que devient le projet de Nicolas Sarkozy de créer un " cinquième risque " ? La crise a remisé dans les cartons ces projets ambitieux. Espérons que ce choix ne sera que momentané.
Certes, il y a eu quelques mesures mais il s'agit plus de rénovations partielles que de véritables constructions, car nous ne savons toujours pas aujourd'hui ce que seront l'architecture et le financement de la " dépendance ".
Des outils existent, mais sont-ils vraiment adaptés à la situation ? Créée en 2001, l'aide personnalisée à l'autonomie (APA) est versée à plus d'un million de personnes, mais paradoxalement elle ne répond pas à ceux qui en ont le plus besoin, les plus dépendants.
Des organismes dédiés ont été mis en place comme la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Mais travaillent-ils main dans la main avec les conseils généraux ? Sont-ils des facilitateurs ou une couche supplémentaire " du mille-feuille décisionnel " dont notre pays a le secret ?
Le " plan Alzheimer " qui prévoit 1,6 milliard d'euros de dépenses publiques sur cinq ans, la création des agences régionales de santé, la prise en compte de la formation du personnel, tout cela va dans le bon sens, mais ce ne sont que les membres d'un squelette auquel manquerait la colonne vertébrale. Nous ne pouvons ignorer que les dépenses liées à la dépendance (1,4 % du PIB) vont en Europe doubler d'ici à 2060 !
Le président de la République annonçait en mai que " la question de la création d'un cinquième risque lié à la dépendance serait l'un des grands chantiers de l'année 2010 ". Grand chantier, grande ambition ? Nous l'espérons.
Cinquième risque
France Info et Le Monde, aux côtés de l'Ocirp, qui regroupe trente-neuf institutions de prévoyance, ont fait de la mise en place du cinquième risque une priorité au point d'y consacrer une journée spéciale, une édition dédiée et la mise en place d'un baromètre depuis 2008.
Des actes de colloques, issus de ces journées spéciales, se veulent des contributions à la réflexion collective. Jeudi 3 décembre, dans les studios de Radio France à l'occasion de la deuxième journée de la dépendance, Le Monde et France Info ont interrogé le ministre Xavier Darcos, et la secrétaire d'Etat Nora Berra, écouté et questionné les spécialistes, sociologues, économistes, spécialistes de l'action sociale.
De cette journée d'échange entre experts et responsables politiques, il a été tiré par les institutions de prévoyance membre de l'Ocirp, des propositions remises en main propre aux responsables politiques concernés et portées à la connaissance du président de la République. Jean Manuel Kupiec, directeur général adjoint de l'Ocirp, s'est porté garant de la synthèse. L'avenir dira si ces propositions seront suivies d'effets ou si nous laisserons les générations futures prendre la mesure du défi.
Par Patrick Lelong
La vieillesse n'est pas une maladie
La vieillesse n'est pas une maladie
Geneviève Coudin
Selon qu'on est cadre ou ouvrier, homme ou femme, l'entrée dans le quatrième âge s'accompagne d'inégalités en termes de santé. La gérontologie s'intéresse aussi à d'autres facteurs, comme l'adaptation à la maladie, et soulignent l'importance de conserver un sentiment de contrôle sur les effets du vieillissement.
Les liens entre vieillissement, vieillesse et santé sont particulièrement difficiles à appréhender puisque par essence chacune de ces entités est complexe. La vieillesse est un état résultant de l'intrication des dimensions biologique, psychologique et sociale d'un processus de vieillissement qui s'est déroulé tout au long d'une vie. Bien que de nature multidimensionnelle, le vieillissement est envisagé de façon dominante sous son seul aspect biologique, celui de la sénescence. Pourtant, l'hétérogénéité démographique des personnes « âgées » et leurs disparités considérables font qu'il n'existe pas une vieillesse mais des vieillesses (1). Ceci constitue un facteur particulièrement influent sur la santé.
Evénement de vie majeur, la retraite signe traditionnellement l'entrée dans la catégorie « population âgée ». Les effets combinés de la baisse de l'âge de cessation d'activité et de l'augmentation de l'espérance de vie ont considérablement allongé la période de la retraite. Aussi définit-on actuellement deux grandes périodes : le troisième âge, celui des « seniors », qui correspond à une phase active de la vie consacrée à ce qui est appelé une « seconde carrière (2) ». L'état de santé dans lequel se trouve généralement cette population lui permet de rester active, ne serait-ce qu'au titre de consommatrice de loisirs et de culture. L'autre période est le quatrième âge, celui de la vieillesse proprement dite, au cours de laquelle se produit ce que les sociologues appellent la « déprise (3) ». Il s'agit d'une forme de désengagement, avec l'abandon progressif de certaines activités en raison de la survenue d'incapacités. C'est le moment de la dépendance qui nécessite la mise en place de dispositifs d'aide. Bien que la survenue des troisième et quatrième âges soit tributaire de variations individuelles et sociales (4), classiquement les seuils se situent respectivement à 60 ans et à 75 ans. Ces seuils sont pris comme références dans l'analyse du vieillissement démographique. Au 1er janvier 2004, les plus de 60 ans représentaient 21,6 % de la population générale et les plus de 75 ans 7,8 %
A-t-on réussi à rajouter de la vie aux années ?
Paradoxalement, ce sont les statistiques de mortalité qui sont les plus utilisées pour cerner l'état de santé de la population ; elles montrent l'inégalité sociale devant la mort. On repère ainsi un différentiel de 6,5 années entre l'espérance de vie d'un ouvrier et celle d'un cadre. Pour les femmes ce différentiel se réduit à 3,5 années. Un des aspects les plus étonnants des données de mortalité des personnes âgées est le déséquilibre hommes/femmes. En France, l'espérance de vie des femmes (à la naissance) excède de 7,5 années celle des hommes : 82,7 ans contre 75,2 ans.
Si les gens vivent plus longtemps, a-t-on réussi à « rajouter de la vie aux années et non pas simplement des années de vie » (Charte de l'OMS de 1946) ? Bien que la polypathologie soit la norme de la population âgée, les plus de 65 ans souffrant en moyenne de presque 7 affections, on s'aperçoit que la morbidité est compressée sur un temps très court à la fin d'une longue vie. La plupart des gens vivent jusqu'à 80 ou 90 ans sans maladie ni incapacité, jusqu'à ce qu'ils souffrent d'une maladie qui va les faire mourir en relativement peu de temps. Mais là aussi existe une différence de genre, et il semble que les femmes paient le prix de leur plus grande longévité par une augmentation de maladies non mortelles, mais très symptomatiques (douleurs et immobilité) telle l'arthrose ; pour Constance Nathanson (5), « les femmes tombent malades mais les hommes meurent ».
Une distinction essentielle est établie entre avoir une maladie chronique et souffrir d'une incapacité. Dans les enquêtes auprès de personnes de plus de 65 ans visant à quantifier les niveaux d'incapacité, on s'aperçoit que, loin du chiffre élevé de maladies issu des données de morbidité classiques, le nombre de maladies incapacitantes déclarées tombe à 1,71 pour les femmes et à 1,6 pour les hommes. Ce qui pousse les sociologues étudiant la dépendance à avancer que « les indicateurs d'incapacité expriment une dimension plus large de la vieillesse que les indicateurs de morbidité ou de mortalité. C'est une part de la vieillesse "vécue" dont il est renducompte à travers les difficultés à exercer les actes de la vie courante. Or, trop souvent les indicateurs épidémiologiques confondent la non-réalisation de l'acte, tel "sortir de chez soi", avec l'incapacité matérielle à effectuer cet acte. Entre les deux se joue la manière dont on négocie les incapacités, en fonction de l'entourage humain et matériel. Cette manière de négocier est très liée à l'appartenance sociale, les membres des catégories les plus défavorisées ne disposant pas des mêmes ressources que les autres pour gérer leurs incapacités (6) ».
Maintenir un équilibre face à l'adversité
La corrélation entre prévalence des maladies chroniques, incapacités et variables socioéconomiques est frappante. Il existe approximativement un fossé de 5 années sur l'incidence des incapacités : les femmes âgées de milieu défavorisé présentent plus d'incapacités fonctionnelles que des femmes plus âgées de 5 ans appartenant à la classe supérieure. On retrouve la même tendance chez les hommes. Les anciens travailleurs manuels souffrent plus de maladies que les autres ; de même les personnes n'ayant obtenu aucun diplôme. L'âge chronologique est donc moins approprié que la classe sociale pour prédire l'apparition de maladies chroniques et d'incapacités lors du vieillissement. Le statut marital est également un facteur à prendre en compte, puisque les veufs ou les veuves ont plus de maladies chroniques et d'incapacités que les gens mariés ou les célibataires. L'image est connue et confirme que les inégalités socioéconomiques continuent d'influencer l'état de santé dans la vieillesse.
Si le vieillissement pathologique a longtemps été un des thèmes majeurs des études de gérontologie, l'ajustement et l'adaptation sont de plus en plus pris en considération. Les théoriciens du vieillissement réussi (7) ont récemment souligné tout l'intérêt d'étudier la capacité de s'adapter aux pertes : perte du rôle social, perte du conjoint, parfois accompagnées par celle du logement et la baisse des revenus, et souvent de la santé. Identifier ce qui rend la majorité des personnes âgées capables de maintenir un équilibre face à l'adversité pourrait bien être plus intéressant que se centrer uniquement sur celles qui ne parviennent pas à y faire face.
Toutes les mesures s'accordent sur le fait que, contrairement aux attentes, le niveau d'estime de soi reste stable au cours du vieillissement. Cette observation peut paraître surprenante car les problèmes de santé, la maladie ou l'incapacité ne permettent pas de conserver les activités sociales et de loisir, et réduisent les contacts sociaux. Plusieurs stratégies cognitives contribuent au maintien d'une estime de soi élevée.
De nombreuses études ont montré que le bien-être psychologique dépend davantage de la santé perçue que de la santé objective. S'estimer en bonne santé malgré la présence de maladies ou d'incapacités, ou simplement de douleurs, constitue un paradoxe témoignant d'une stratégie de maintien de l'estime de soi, adaptative au vieillissement. Le détour par l'image que la société a des âgés aide à comprendre cet optimisme des gens âgés ; une analyse minutieuse des stéréotypes largement négatifs à leur propos montre le rôle clé joué par la maladie. Dans ces images, l'association entre « mauvaise santé » et « vieillesse » est si puissante que l'on peut affirmer que, dans notre société, « vieux » signifie a priori « malade ». A contrario, si l'on demande de décrire « une personne âgée en bonne santé », l'image négative de la vieillesse disparaît (8). Or de tels stéréotypes associant vieillesse et maladie se révèlent être psychologiquement et socialement fonctionnels pour les personnes âgées. Quand elles autoévaluent leur âge et leur santé, elles ne peuvent s'identifier à un groupe si négativement perçu ni à propos de leur âge (« Le vieux, c'est toujours l'autre », que l'on ait 70, 80 ou 90 ans) ni à propos de leur santé. Bien que le groupe des âgés leur paraisse en quelque sorte virtuel, il sert de pôle de comparaison pour l'autoestimation par le biais d'une comparaison avec un autrui généralisé : « Par rapport aux autres du même âge, je suis l'exception. » De même, se comparer à une personne précise et affirmer : « Elle est pire que moi » est une stratégie très utilisée quand l'estime de soi est mise à mal. Enfin, on peut expliquer l'« optimisme irréaliste » des gens âgés par la baisse de leur niveau d'aspiration (baisse à laquelle les avaient préparés les stéréotypes sur la vieillesse).
De la nécessité du sentiment de contrôle
L'importance du sentiment de contrôle (ou sentiment de maîtrise) sur le maintien de la santé au cours du vieillissement et dans la vieillesse est très établie. A l'appui, les données d'épidémiologie sociale s'accordent toutes sur le lien qui existe entre la perte du sentiment de contrôle et le vieillissement prématuré. Ainsi, l'absence de latitude décisionnelle dans le travail est un facteur prédictif d'une mise à la retraite prématurée pour cause de mauvaise santé (9). Les enquêtes destinées à mesurer le sentiment de contrôle, aussi appelé contrôle perçu, montrent que parmi les gens âgés, ceux qui estiment avoir un grand contrôle sur leur santé sont en meilleure santé et ont moins de limitations fonctionnelles. Le contrôle perçu est également en jeu dans les comportements de santé, tels l'exercice physique, l'adoption de régimes alimentaires sains et le recours au système de santé, alors que la perte de contrôle provoque des réactions physiologiques particulières telles la suppression des réponses du système immunitaire et l'absence de rejet des tumeurs. A l'inverse, une intervention de quelques mois destinée à augmenter le sentiment de contrôle de personnes âgées en institution (10) (la « responsabilité » d'une plante verte ou la possibilité de choisir leurs loisirs) non seulement améliore leur santé et leur bien-être à court terme, mais produit également une baisse du taux de mortalité 18 mois plus tard. Ce type d'expérience, maintes fois reproduit, est à l'origine de nombreux projets institutionnels.
Un des paris de la vieillesse reste donc de maintenir un sentiment de contrôle dans un contexte d'équilibre mouvant, de gains et de pertes. Dans la mesure où des âgés peuvent ressentir du contrôle dans des sphères clés de leur vie telle la santé, ils disposent bien d'une ressource importante. Ce sentiment, en même temps que d'autres facteurs comme le soutien social, joue un rôle protecteur face aux pertes. Maintenir un sentiment de contrôle peut aider à prévenir ou à minimiser les inconvénients du grand âge. En même temps, ce sentiment peut faciliter les réponses adaptatives au déclin associé au processus de vieillissement. Cependant, loin de se limiter à la sphère individuelle, l'expérience de santé et de maladie est déterminée en grande partie par la société. Le vieillissement rend encore plus patent le fait que ce sont des objets sociaux.
NOTES
1
C. Lalive d'Épinay, E. Christe, J. Coenen-Huther et H. Hagmann (dir.), Vieillesses. Situations, itinéraires et modes de vie des personnes âgées aujourd'hui, Georgi, 1983.
2
X. Gaullier, La Deuxième Carrière. Âges, emplois, retraites, Seuil, 1988.
3
S. Clément et J. Mantovani, « Les déprises en fin de parcours de vie », Gérontologie et société, n° 90, 1999.
4
A. Grand, S. Clément et H. Bocquet, « Personnes âgées », in A. Leclerc, D. Fassin, H. Grandjean, M. Kaminski, T. Lang (dir.), Les Inégalités sociales de santé, La Découverte, 2000.
5
C. Nathanson, « Sex, Illness and Medical Care: A review of data, theory and method », Social Science and Medicine, vol. XI, n° 1, janvier 1977.
6
A. Grand, S. Clement et H. Bocquet, op. cit.
7
P.B. Baltes et M.M. Baltes, Successful Aging: Perspectives from the behavioral sciences, Cambridge University Press, 1990.
8
G. Coudin et B. Beaufils, « les représentations relatives aux personnes âgées », revue ADSP du Haut Comité français à la santé publique, n° 21, 1997.
9
F. Deriennic, M.-J. Saurel-Cubizolles et F. Bardot, « Santé perçue et perte d'emploi », Revue de médecine du travail, vol. XXVIII, n° 1, janvier 2001.
10
E.J. Langer et J. Rodin, « The Effects of Choice and Enhanced Personal Responsibility for the Aged: A field experiment in an institutional setting », Journal of Personality and Social Psychology, vol. XXXIV, n° 1, janvier 1976.
Geneviève Coudin
Maître de conférences à l'université Paris-V-René-Descartes et membre du Réseau fédératif de Recherches en Vieillissement (RFR 12), elle est la coauteure, avec Geneviève Paicheler, de Santé et vieillissement. Approche psychosociales, Armand Colin, 2002.
Face à la maladie d'Alzheimer
Depuis quelques années, certaines associations, comme France Alzheimer, se font entendre dans les médias et sollicitent les pouvoirs publics, les alertant sur l'enjeu social et sanitaire que commence à représenter la maladie d'Alzheimer. Cette forme de démence, qui n'est donc pas une dégénérescence normale due à la vieillesse, se développe essentiellement entre 60 et 80 ans.
100 000 nouveaux cas chaque année
Liée à des atteintes cérébrales particulières, elle se caractérise par une perte progressive et inéluctable des fonctions cognitives (surtout la mémoire dans un premier temps, puis le langage, l'attention...), et des modifications du comportement (abattement, tristesse, agressivité). Ses conséquences sont graves, notamment en termes d'autonomie. Connue depuis plus d'un siècle, c'est surtout depuis une vingtaine d'années que cette maladie est prise en compte et combattue. On le comprend d'autant mieux que la maladie d'Alzheimer concernerait 100 000 nouveaux cas chaque année et toucherait aujourd'hui entre 350 000 et 800 000 personnes en France. Cette large fourchette s'explique par la difficulté de poser un diagnostic sûr. Aujourd'hui, aucun examen de type scanner ou IRM (imagerie par résonance magnétique) ne permet de visualiser les lésions au niveau du cerveau, élément nécessaire pour détecter précocement la maladie et suivre son évolution. Le diagnostic ne peut se fonder que sur les éléments recueillis par l'examen clinique du neurologue et l'examen neuropsychologique. Mais ce diagnostic, qui ne peut être fondé que sur la base de forts soupçons, est souvent posé très tardivement. Peu ou mal informé, le public ne prête pas suffisamment attention aux premiers signes, souvent une légère désorientation dans le temps ou l'espace et, surtout, de petits oublis, un mot qui reste sur le bout de la langue. Il faut préciser que ces troubles, au départ minimes, peuvent être attribués (souvent à juste titre) à l'effet normal du vieillissement ou à des signes dépressifs. De plus, les personnes touchées minimisent elles-mêmes leurs problèmes... On le voit, il est très difficile de déceler chez un individu les prémices d'une maladie d'Alzheimer. Pourtant, un diagnostic posé dans les premières années d'évolution est particulièrement important, au vu des moyens thérapeutiques très limités dont on dispose aujourd'hui. Bruno Dubois, chef de service de neurologie de la Pitié-Salpêtrière, l'a rappelé lors de la IXe Journée mondiale Alzheimer, en 2002 : « Plus le diagnostic est précoce, plus on peut retarder les effets de la maladie. »
Des thérapeutiques limitées
Pour cela, il existe différents moyens permettant d'intervenir sur plusieurs niveaux. Sur le plan social et affectif, plus la famille est prévenue avant l'apparition des signes majeurs et problématiques, plus elle est à même de s'adapter aux changements dans l'état général de la personne concernée, et donc de l'accompagner. Au niveau médicamenteux, de grandes espérances ont été placées dans un traitement visant à rétablir la présence d'un neurotransmetteur, l'acétylcholine, impliqué dans les processus de mémoire et de cognition. Depuis 1995, date des premières utilisations, le traitement a fait ses preuves en permettant notamment d'améliorer durant quelques mois, voire quelques années, les performances cognitives. Mais son efficacité reste variable selon les personnes et, surtout, dépend fortement de la précocité du diagnostic... Même si un médicament plus efficace est toujours activement recherché, le professeur Françoise Forette, présidente du Comité médical et scientifique de l'Union des associations Alzheimer, tient à souligner les bénéfices du traitement actuel. Pour elle, les fonctions cognitives étant améliorées, les activités quotidiennes s'en trouvent facilitées, et le patient gagne donc en qualité de vie. D'autres modes thérapeutiques existent, même s'ils restent limités. Par exemple, l'intérêt de la stimulation cognitive et de l'orthophonie est reconnu, en particulier pour ralentir l'évolution des déficits mais aussi améliorer les troubles du comportement.
En l'état, les moyens de faire face à la maladie d'Alzheimer existent mais sont donc partiels. Et la recherche d'un vaccin est toujours dans l'impasse. Parmi les autres défis majeurs à relever, l'information et l'aide destinée à l'entourage : en effet, 80 % des personnes touchées vivent à domicile, bien souvent à la seule charge de leur conjoint ou de leurs enfants. Certaines études font état de cinquante heures de soins consacrées chaque semaine au malade par sa famille.
Gilles Marchand
Geneviève Coudin
Selon qu'on est cadre ou ouvrier, homme ou femme, l'entrée dans le quatrième âge s'accompagne d'inégalités en termes de santé. La gérontologie s'intéresse aussi à d'autres facteurs, comme l'adaptation à la maladie, et soulignent l'importance de conserver un sentiment de contrôle sur les effets du vieillissement.
Les liens entre vieillissement, vieillesse et santé sont particulièrement difficiles à appréhender puisque par essence chacune de ces entités est complexe. La vieillesse est un état résultant de l'intrication des dimensions biologique, psychologique et sociale d'un processus de vieillissement qui s'est déroulé tout au long d'une vie. Bien que de nature multidimensionnelle, le vieillissement est envisagé de façon dominante sous son seul aspect biologique, celui de la sénescence. Pourtant, l'hétérogénéité démographique des personnes « âgées » et leurs disparités considérables font qu'il n'existe pas une vieillesse mais des vieillesses (1). Ceci constitue un facteur particulièrement influent sur la santé.
Evénement de vie majeur, la retraite signe traditionnellement l'entrée dans la catégorie « population âgée ». Les effets combinés de la baisse de l'âge de cessation d'activité et de l'augmentation de l'espérance de vie ont considérablement allongé la période de la retraite. Aussi définit-on actuellement deux grandes périodes : le troisième âge, celui des « seniors », qui correspond à une phase active de la vie consacrée à ce qui est appelé une « seconde carrière (2) ». L'état de santé dans lequel se trouve généralement cette population lui permet de rester active, ne serait-ce qu'au titre de consommatrice de loisirs et de culture. L'autre période est le quatrième âge, celui de la vieillesse proprement dite, au cours de laquelle se produit ce que les sociologues appellent la « déprise (3) ». Il s'agit d'une forme de désengagement, avec l'abandon progressif de certaines activités en raison de la survenue d'incapacités. C'est le moment de la dépendance qui nécessite la mise en place de dispositifs d'aide. Bien que la survenue des troisième et quatrième âges soit tributaire de variations individuelles et sociales (4), classiquement les seuils se situent respectivement à 60 ans et à 75 ans. Ces seuils sont pris comme références dans l'analyse du vieillissement démographique. Au 1er janvier 2004, les plus de 60 ans représentaient 21,6 % de la population générale et les plus de 75 ans 7,8 %
A-t-on réussi à rajouter de la vie aux années ?
Paradoxalement, ce sont les statistiques de mortalité qui sont les plus utilisées pour cerner l'état de santé de la population ; elles montrent l'inégalité sociale devant la mort. On repère ainsi un différentiel de 6,5 années entre l'espérance de vie d'un ouvrier et celle d'un cadre. Pour les femmes ce différentiel se réduit à 3,5 années. Un des aspects les plus étonnants des données de mortalité des personnes âgées est le déséquilibre hommes/femmes. En France, l'espérance de vie des femmes (à la naissance) excède de 7,5 années celle des hommes : 82,7 ans contre 75,2 ans.
Si les gens vivent plus longtemps, a-t-on réussi à « rajouter de la vie aux années et non pas simplement des années de vie » (Charte de l'OMS de 1946) ? Bien que la polypathologie soit la norme de la population âgée, les plus de 65 ans souffrant en moyenne de presque 7 affections, on s'aperçoit que la morbidité est compressée sur un temps très court à la fin d'une longue vie. La plupart des gens vivent jusqu'à 80 ou 90 ans sans maladie ni incapacité, jusqu'à ce qu'ils souffrent d'une maladie qui va les faire mourir en relativement peu de temps. Mais là aussi existe une différence de genre, et il semble que les femmes paient le prix de leur plus grande longévité par une augmentation de maladies non mortelles, mais très symptomatiques (douleurs et immobilité) telle l'arthrose ; pour Constance Nathanson (5), « les femmes tombent malades mais les hommes meurent ».
Une distinction essentielle est établie entre avoir une maladie chronique et souffrir d'une incapacité. Dans les enquêtes auprès de personnes de plus de 65 ans visant à quantifier les niveaux d'incapacité, on s'aperçoit que, loin du chiffre élevé de maladies issu des données de morbidité classiques, le nombre de maladies incapacitantes déclarées tombe à 1,71 pour les femmes et à 1,6 pour les hommes. Ce qui pousse les sociologues étudiant la dépendance à avancer que « les indicateurs d'incapacité expriment une dimension plus large de la vieillesse que les indicateurs de morbidité ou de mortalité. C'est une part de la vieillesse "vécue" dont il est renducompte à travers les difficultés à exercer les actes de la vie courante. Or, trop souvent les indicateurs épidémiologiques confondent la non-réalisation de l'acte, tel "sortir de chez soi", avec l'incapacité matérielle à effectuer cet acte. Entre les deux se joue la manière dont on négocie les incapacités, en fonction de l'entourage humain et matériel. Cette manière de négocier est très liée à l'appartenance sociale, les membres des catégories les plus défavorisées ne disposant pas des mêmes ressources que les autres pour gérer leurs incapacités (6) ».
Maintenir un équilibre face à l'adversité
La corrélation entre prévalence des maladies chroniques, incapacités et variables socioéconomiques est frappante. Il existe approximativement un fossé de 5 années sur l'incidence des incapacités : les femmes âgées de milieu défavorisé présentent plus d'incapacités fonctionnelles que des femmes plus âgées de 5 ans appartenant à la classe supérieure. On retrouve la même tendance chez les hommes. Les anciens travailleurs manuels souffrent plus de maladies que les autres ; de même les personnes n'ayant obtenu aucun diplôme. L'âge chronologique est donc moins approprié que la classe sociale pour prédire l'apparition de maladies chroniques et d'incapacités lors du vieillissement. Le statut marital est également un facteur à prendre en compte, puisque les veufs ou les veuves ont plus de maladies chroniques et d'incapacités que les gens mariés ou les célibataires. L'image est connue et confirme que les inégalités socioéconomiques continuent d'influencer l'état de santé dans la vieillesse.
Si le vieillissement pathologique a longtemps été un des thèmes majeurs des études de gérontologie, l'ajustement et l'adaptation sont de plus en plus pris en considération. Les théoriciens du vieillissement réussi (7) ont récemment souligné tout l'intérêt d'étudier la capacité de s'adapter aux pertes : perte du rôle social, perte du conjoint, parfois accompagnées par celle du logement et la baisse des revenus, et souvent de la santé. Identifier ce qui rend la majorité des personnes âgées capables de maintenir un équilibre face à l'adversité pourrait bien être plus intéressant que se centrer uniquement sur celles qui ne parviennent pas à y faire face.
Toutes les mesures s'accordent sur le fait que, contrairement aux attentes, le niveau d'estime de soi reste stable au cours du vieillissement. Cette observation peut paraître surprenante car les problèmes de santé, la maladie ou l'incapacité ne permettent pas de conserver les activités sociales et de loisir, et réduisent les contacts sociaux. Plusieurs stratégies cognitives contribuent au maintien d'une estime de soi élevée.
De nombreuses études ont montré que le bien-être psychologique dépend davantage de la santé perçue que de la santé objective. S'estimer en bonne santé malgré la présence de maladies ou d'incapacités, ou simplement de douleurs, constitue un paradoxe témoignant d'une stratégie de maintien de l'estime de soi, adaptative au vieillissement. Le détour par l'image que la société a des âgés aide à comprendre cet optimisme des gens âgés ; une analyse minutieuse des stéréotypes largement négatifs à leur propos montre le rôle clé joué par la maladie. Dans ces images, l'association entre « mauvaise santé » et « vieillesse » est si puissante que l'on peut affirmer que, dans notre société, « vieux » signifie a priori « malade ». A contrario, si l'on demande de décrire « une personne âgée en bonne santé », l'image négative de la vieillesse disparaît (8). Or de tels stéréotypes associant vieillesse et maladie se révèlent être psychologiquement et socialement fonctionnels pour les personnes âgées. Quand elles autoévaluent leur âge et leur santé, elles ne peuvent s'identifier à un groupe si négativement perçu ni à propos de leur âge (« Le vieux, c'est toujours l'autre », que l'on ait 70, 80 ou 90 ans) ni à propos de leur santé. Bien que le groupe des âgés leur paraisse en quelque sorte virtuel, il sert de pôle de comparaison pour l'autoestimation par le biais d'une comparaison avec un autrui généralisé : « Par rapport aux autres du même âge, je suis l'exception. » De même, se comparer à une personne précise et affirmer : « Elle est pire que moi » est une stratégie très utilisée quand l'estime de soi est mise à mal. Enfin, on peut expliquer l'« optimisme irréaliste » des gens âgés par la baisse de leur niveau d'aspiration (baisse à laquelle les avaient préparés les stéréotypes sur la vieillesse).
De la nécessité du sentiment de contrôle
L'importance du sentiment de contrôle (ou sentiment de maîtrise) sur le maintien de la santé au cours du vieillissement et dans la vieillesse est très établie. A l'appui, les données d'épidémiologie sociale s'accordent toutes sur le lien qui existe entre la perte du sentiment de contrôle et le vieillissement prématuré. Ainsi, l'absence de latitude décisionnelle dans le travail est un facteur prédictif d'une mise à la retraite prématurée pour cause de mauvaise santé (9). Les enquêtes destinées à mesurer le sentiment de contrôle, aussi appelé contrôle perçu, montrent que parmi les gens âgés, ceux qui estiment avoir un grand contrôle sur leur santé sont en meilleure santé et ont moins de limitations fonctionnelles. Le contrôle perçu est également en jeu dans les comportements de santé, tels l'exercice physique, l'adoption de régimes alimentaires sains et le recours au système de santé, alors que la perte de contrôle provoque des réactions physiologiques particulières telles la suppression des réponses du système immunitaire et l'absence de rejet des tumeurs. A l'inverse, une intervention de quelques mois destinée à augmenter le sentiment de contrôle de personnes âgées en institution (10) (la « responsabilité » d'une plante verte ou la possibilité de choisir leurs loisirs) non seulement améliore leur santé et leur bien-être à court terme, mais produit également une baisse du taux de mortalité 18 mois plus tard. Ce type d'expérience, maintes fois reproduit, est à l'origine de nombreux projets institutionnels.
Un des paris de la vieillesse reste donc de maintenir un sentiment de contrôle dans un contexte d'équilibre mouvant, de gains et de pertes. Dans la mesure où des âgés peuvent ressentir du contrôle dans des sphères clés de leur vie telle la santé, ils disposent bien d'une ressource importante. Ce sentiment, en même temps que d'autres facteurs comme le soutien social, joue un rôle protecteur face aux pertes. Maintenir un sentiment de contrôle peut aider à prévenir ou à minimiser les inconvénients du grand âge. En même temps, ce sentiment peut faciliter les réponses adaptatives au déclin associé au processus de vieillissement. Cependant, loin de se limiter à la sphère individuelle, l'expérience de santé et de maladie est déterminée en grande partie par la société. Le vieillissement rend encore plus patent le fait que ce sont des objets sociaux.
NOTES
1
C. Lalive d'Épinay, E. Christe, J. Coenen-Huther et H. Hagmann (dir.), Vieillesses. Situations, itinéraires et modes de vie des personnes âgées aujourd'hui, Georgi, 1983.
2
X. Gaullier, La Deuxième Carrière. Âges, emplois, retraites, Seuil, 1988.
3
S. Clément et J. Mantovani, « Les déprises en fin de parcours de vie », Gérontologie et société, n° 90, 1999.
4
A. Grand, S. Clément et H. Bocquet, « Personnes âgées », in A. Leclerc, D. Fassin, H. Grandjean, M. Kaminski, T. Lang (dir.), Les Inégalités sociales de santé, La Découverte, 2000.
5
C. Nathanson, « Sex, Illness and Medical Care: A review of data, theory and method », Social Science and Medicine, vol. XI, n° 1, janvier 1977.
6
A. Grand, S. Clement et H. Bocquet, op. cit.
7
P.B. Baltes et M.M. Baltes, Successful Aging: Perspectives from the behavioral sciences, Cambridge University Press, 1990.
8
G. Coudin et B. Beaufils, « les représentations relatives aux personnes âgées », revue ADSP du Haut Comité français à la santé publique, n° 21, 1997.
9
F. Deriennic, M.-J. Saurel-Cubizolles et F. Bardot, « Santé perçue et perte d'emploi », Revue de médecine du travail, vol. XXVIII, n° 1, janvier 2001.
10
E.J. Langer et J. Rodin, « The Effects of Choice and Enhanced Personal Responsibility for the Aged: A field experiment in an institutional setting », Journal of Personality and Social Psychology, vol. XXXIV, n° 1, janvier 1976.
Geneviève Coudin
Maître de conférences à l'université Paris-V-René-Descartes et membre du Réseau fédératif de Recherches en Vieillissement (RFR 12), elle est la coauteure, avec Geneviève Paicheler, de Santé et vieillissement. Approche psychosociales, Armand Colin, 2002.
Face à la maladie d'Alzheimer
Depuis quelques années, certaines associations, comme France Alzheimer, se font entendre dans les médias et sollicitent les pouvoirs publics, les alertant sur l'enjeu social et sanitaire que commence à représenter la maladie d'Alzheimer. Cette forme de démence, qui n'est donc pas une dégénérescence normale due à la vieillesse, se développe essentiellement entre 60 et 80 ans.
100 000 nouveaux cas chaque année
Liée à des atteintes cérébrales particulières, elle se caractérise par une perte progressive et inéluctable des fonctions cognitives (surtout la mémoire dans un premier temps, puis le langage, l'attention...), et des modifications du comportement (abattement, tristesse, agressivité). Ses conséquences sont graves, notamment en termes d'autonomie. Connue depuis plus d'un siècle, c'est surtout depuis une vingtaine d'années que cette maladie est prise en compte et combattue. On le comprend d'autant mieux que la maladie d'Alzheimer concernerait 100 000 nouveaux cas chaque année et toucherait aujourd'hui entre 350 000 et 800 000 personnes en France. Cette large fourchette s'explique par la difficulté de poser un diagnostic sûr. Aujourd'hui, aucun examen de type scanner ou IRM (imagerie par résonance magnétique) ne permet de visualiser les lésions au niveau du cerveau, élément nécessaire pour détecter précocement la maladie et suivre son évolution. Le diagnostic ne peut se fonder que sur les éléments recueillis par l'examen clinique du neurologue et l'examen neuropsychologique. Mais ce diagnostic, qui ne peut être fondé que sur la base de forts soupçons, est souvent posé très tardivement. Peu ou mal informé, le public ne prête pas suffisamment attention aux premiers signes, souvent une légère désorientation dans le temps ou l'espace et, surtout, de petits oublis, un mot qui reste sur le bout de la langue. Il faut préciser que ces troubles, au départ minimes, peuvent être attribués (souvent à juste titre) à l'effet normal du vieillissement ou à des signes dépressifs. De plus, les personnes touchées minimisent elles-mêmes leurs problèmes... On le voit, il est très difficile de déceler chez un individu les prémices d'une maladie d'Alzheimer. Pourtant, un diagnostic posé dans les premières années d'évolution est particulièrement important, au vu des moyens thérapeutiques très limités dont on dispose aujourd'hui. Bruno Dubois, chef de service de neurologie de la Pitié-Salpêtrière, l'a rappelé lors de la IXe Journée mondiale Alzheimer, en 2002 : « Plus le diagnostic est précoce, plus on peut retarder les effets de la maladie. »
Des thérapeutiques limitées
Pour cela, il existe différents moyens permettant d'intervenir sur plusieurs niveaux. Sur le plan social et affectif, plus la famille est prévenue avant l'apparition des signes majeurs et problématiques, plus elle est à même de s'adapter aux changements dans l'état général de la personne concernée, et donc de l'accompagner. Au niveau médicamenteux, de grandes espérances ont été placées dans un traitement visant à rétablir la présence d'un neurotransmetteur, l'acétylcholine, impliqué dans les processus de mémoire et de cognition. Depuis 1995, date des premières utilisations, le traitement a fait ses preuves en permettant notamment d'améliorer durant quelques mois, voire quelques années, les performances cognitives. Mais son efficacité reste variable selon les personnes et, surtout, dépend fortement de la précocité du diagnostic... Même si un médicament plus efficace est toujours activement recherché, le professeur Françoise Forette, présidente du Comité médical et scientifique de l'Union des associations Alzheimer, tient à souligner les bénéfices du traitement actuel. Pour elle, les fonctions cognitives étant améliorées, les activités quotidiennes s'en trouvent facilitées, et le patient gagne donc en qualité de vie. D'autres modes thérapeutiques existent, même s'ils restent limités. Par exemple, l'intérêt de la stimulation cognitive et de l'orthophonie est reconnu, en particulier pour ralentir l'évolution des déficits mais aussi améliorer les troubles du comportement.
En l'état, les moyens de faire face à la maladie d'Alzheimer existent mais sont donc partiels. Et la recherche d'un vaccin est toujours dans l'impasse. Parmi les autres défis majeurs à relever, l'information et l'aide destinée à l'entourage : en effet, 80 % des personnes touchées vivent à domicile, bien souvent à la seule charge de leur conjoint ou de leurs enfants. Certaines études font état de cinquante heures de soins consacrées chaque semaine au malade par sa famille.
Gilles Marchand
Vieillissement : haro sur les experts ?
Vieillissement : haro sur les experts ?
Sylvain Allemand
Les orientations d'une politique publique peuvent traduire le monopole d'une catégorie d'experts dans son élaboration. Illustration à travers l'exemple de la politique de santé menée ces dernières années en faveur des personnes âgées dépendantes.
En France, le vieillissement démographique est spontanément perçu comme un « problème » de société qui appellerait forcément l'avis des experts. Qui dit vieillissement dit en effet problème de financement du système de retraite, voire dépendance...
Pourtant, ce vieillissement démographique est aussi le résultat d'un allongement de l'espérance de vie et donc une bonne nouvelle. Aujourd'hui, un Français qui atteint l'âge de 60 ans a encore vingt ans à vivre, une Française vingt-cinq. En moyenne, une personne de 60 ans a ainsi trois chances sur quatre d'atteindre 80 ans contre seulement une sur quatre au début du xxe siècle. Et celles qui les atteignent ont encore une espérance de vie de huit ans ; seule la moitié d'entre elles pâtiront d'incapacité fonctionnelle, et encore celle-ci pourra n'être que légère. Faut-il également rappeler que cet allongement de l'espérance de vie s'accompagne de surcroît de nouvelles solidarités intergénérationnelles ?
Ces réalités ne sauraient certes faire oublier les problèmes posés par l'arrivée des générations du baby-boom à l'âge de la retraite. Mais comment expliquer cette perception alarmiste dominante du vieillissement dans une société comme la nôtre, dont une nouvelle illustration a été fournie, l'an passé, par les débats autour de la réforme du système de retraite ? Et peut-on laisser ces débats aux mains des seuls experts ?
Ces questions ont été très largement débattues au cours d'un colloque qui s'était tenu quelques années plus tôt, sur le thème de l'expertise et du débat public dans le cadre d'un dispositif original : un atelier consistant à confronter les analyses d'experts avec les points de vue de « non-experts » dont un cinéaste (1).
Ainsi que l'a résumé l'un des participants, la réponse à cet apparent paradoxe (des évolutions positives, une vision alarmiste) est à chercher dans le « monopole » exercé de fait par certaines catégories d'experts dans les débats de société autour du vieillissement et ses conséquences : les démographes, les économistes et surtout les gériatres.
Portant tout spécialement son attention sur ces derniers, un des participants du colloque, Bernard Ennuyer, directeur d'un service d'aide à domicile et sociologue de formation, a montré comment ils sont parvenus à s'imposer aux yeux des pouvoirs publics comme les spécialistes des questions de dépendance en donnant du même coup à cette notion une signification essentiellement biomédicale.
Les médecins gériatres érigés en experts
Rappelons que cette notion de dépendance, empruntée au langage courant, s'était intégrée dès les années 70 dans le vocabulaire médical avec la prise de conscience du vieillissement démographique de la population française. Mais alors que dans son sens usuel la dépendance peut renvoyer à l'idée de solidarité, chez les gériatres, elle connote d'emblée l'idée d'assujettissement. « La dépendance est présentée comme un état biolo- gique de l'individu lié à l'avance en âge, principalement défini par l'incapacité de la personne et par le besoin qu'elle a d'être aidée et ce, pourrait-on ajouter, à sens unique. » D'autres définitions, moins réductrices, avaient pourtant été proposées au milieu des années 70 par des spécialistes des sciences humaines comme celle du psychologue Joep Munnichs et du sociologue Wim Van den Heuvel, tous deux néerlandais, qui mettaient davantage l'accent sur la dimension relationnelle de la dépendance (2). De même, quelques années plus tard, le sociologue Albert Memmi la définissait comme une « relation contraignante, plus ou moins acceptée, avec un être, un objet, un groupe ou une institution, réels ou idéels, et qui relève de la satisfaction d'un besoin (3)».
Remis en 1979, le premier rapport consacré en France à la question de la dépendance (4) va cependant trancher en désignant par « personne âgée dépendante » tout vieillard qui, « victime d'atteintes à l'intégralité de ses données physiques et psychiques, se trouve dans l'impossibilité de s'assumer pleinement et, par là même, doit avoir recours à une tierce personne pour accomplir les actes ordinaires de la vie ».
Pour B. Ennuyer, cette orientation sémantique ne faisait que traduire la « victoire » de la vision médicale portée par les médecins gériatres promus ainsi au statut d'experts par des politiques qui souhaitaient mettre en place une législation en direction des personnes âgées dépendantes.
Ce statut d'experts, les médecins gériatres l'ont conforté depuis grâce à la mise au point d'outils de mesure de la dépendance élaborés à partir de leur expérience au sein des institutions d'hébergement, à commencer par l'outil Aggir. Ce dernier consiste à définir la personne et à déterminer l'aide dont elle aurait besoin à partir d'indications portant uniquement sur sa capacité ou incapacité à faire des actes ordinaires de la vie quotidienne. Six niveaux sont ainsi distingués (du GIR1 pour les plus « incapables », au GIR6 pour les plus « capables »).
B. Ennuyer y voit la preuve d'une alliance objective entre la corporation des médecins gériatres et des politiques soucieux de gérer au mieux les dépenses de santé dans le domaine de la dépendance : non seulement la Caisse nationale d'assurance vieillesse a rendu obligatoire le « girage » des candidats à l'aide à domicile mais encore ce sont les résultats des tests qui détermineront l'attribution de la prestation dépendance (les GIR 1, 2 et 3 en bénéficiant prioritairement).
Une prospective du présent pour des futurs souhaitables
La vision gériatrique de la dépendance est d'autant plus problématique qu'elle tend à exclure ce que le philosophe Michel Foucault nommait le « savoir des gens », ou ce que des sociologues comme Michel Callon et Bruno Latour appellent les « savoirs profanes » : les savoirs que les individus acquièrent à travers leur expérience personnelle, en l'occurrence la maladie. « Les experts font comme si ces gens très vieux ne savaient pas ou n'avaient jamais appris à faire face aux difficultés de la vie quotidienne, comme s'ils étaient de jeunes enfants sans expérience de la vie, alors que justement la caractéristique des personnes de 80 ans et plus est que, tout simplement, ils vivent depuis 80 ans et ont donc accumulé tout un savoir lié aux difficultés de la vie qu'ils ont rencontrées et à la façon dont, d'une façon ou d'une autre, ils les ont surmontées ou ont fait avec. »
D'autres experts ont certes leur voix au chapitre comme les démographes par exemple. Mais alors, objecte B. Ennuyer, « on réduit la vieillesse à n'être que la proportion des personnes de plus de tel âge (50, 60, 65, 80 ans) dans la société, et à n'être qu'affaire de taux de natalité, de mortalité et de fécondité ! » De manière générale, « vouloir trouver des experts de la vieillesse, c'est forcément réduire ce fait social très complexe à une seule de ses multiples composantes ».
Non qu'il faille faire l'économie des experts et de l'expertise. Mais sans doute convient-il de veiller à éviter, comme on l'observe souvent, que l'« expert mandaté » ne se transforme en « expert instituant » (les nouvelles normes au nom de son savoir), suivant la distinction proposée par le sociologue Robert Castel au milieu des années 1980.
Au-delà de la remise en cause du statut privilégié dont jouissent l'expertise en général et les experts en particulier, les discussions autour du vieillissement ont également visé la prospective, comprise habituellement comme l'élaboration de scénarios relatifs aux tendances lourdes de la société pour appuyer la décision des dirigeants. A cette conception classique, Edith Heurgon oppose depuis plusieurs années une « prospective du présent » consistant à confronter les savoirs experts avec, justement, les savoirs profanes (5). Il s'agit aussi de repérer les tendances de fond de la société à partir de l'examen de ces signaux faibles que sont les initiatives et expériences portées par des individus ou des collectifs. L'enjeu n'est pas tant d'anticiper le futur, en le cernant entre des hypothèses basses et hautes, que d'élaborer des « futurs souhaitables » en impliquant les acteurs concernés dans des démarches de coconstruction de solutions et de savoirs appropriés. C'est dire si cette conception de la prospective a partie liée avec la logique de l'« intelligence collective » mais aussi la gouvernance qui, dans son acception large renvoie, rappelons-le, à des formes de coopération impliquant une pluralité d'acteurs. La gouvernance qui fut précisément au centre du premier volet de ce cycle « La prospective d'un siècle à l'autre » dont le colloque sur l'expertise et le débat public constituait le second volet (6).
NOTES
1
F. Goux-Baudiment, E. Heurgon et J. Landrieu, Prospective, vol. II, Expertise, débat public : vers une intelligence collective, L'Aube/Cerisy, 2001.
2
J. Munnichs et W. Van den Heuvel, Dependency or Interdependency in Old Age, Nijhoff, 1976.
3
A. Memmi, La Dépendance, Gallimard, 1979.
4
Rapport Arreckx commandé par le Premier ministre de l'époque, Raymond Barre, 1979.
5
Entretien avec É. Heurgon, Libération, 7-8 juin 2003.
6
É. Heurgon et J. Landrieu (dir.), Prospective, vol. I, Prospective pour une gouvernance démocratique, L'Aube/Cerisy, 2000. Pour plus d'information sur les autres colloques organisés depuis dans le cadre de ce cycle : http://www.ccic-cerisy.asso.fr
Sylvain Allemand
Les orientations d'une politique publique peuvent traduire le monopole d'une catégorie d'experts dans son élaboration. Illustration à travers l'exemple de la politique de santé menée ces dernières années en faveur des personnes âgées dépendantes.
En France, le vieillissement démographique est spontanément perçu comme un « problème » de société qui appellerait forcément l'avis des experts. Qui dit vieillissement dit en effet problème de financement du système de retraite, voire dépendance...
Pourtant, ce vieillissement démographique est aussi le résultat d'un allongement de l'espérance de vie et donc une bonne nouvelle. Aujourd'hui, un Français qui atteint l'âge de 60 ans a encore vingt ans à vivre, une Française vingt-cinq. En moyenne, une personne de 60 ans a ainsi trois chances sur quatre d'atteindre 80 ans contre seulement une sur quatre au début du xxe siècle. Et celles qui les atteignent ont encore une espérance de vie de huit ans ; seule la moitié d'entre elles pâtiront d'incapacité fonctionnelle, et encore celle-ci pourra n'être que légère. Faut-il également rappeler que cet allongement de l'espérance de vie s'accompagne de surcroît de nouvelles solidarités intergénérationnelles ?
Ces réalités ne sauraient certes faire oublier les problèmes posés par l'arrivée des générations du baby-boom à l'âge de la retraite. Mais comment expliquer cette perception alarmiste dominante du vieillissement dans une société comme la nôtre, dont une nouvelle illustration a été fournie, l'an passé, par les débats autour de la réforme du système de retraite ? Et peut-on laisser ces débats aux mains des seuls experts ?
Ces questions ont été très largement débattues au cours d'un colloque qui s'était tenu quelques années plus tôt, sur le thème de l'expertise et du débat public dans le cadre d'un dispositif original : un atelier consistant à confronter les analyses d'experts avec les points de vue de « non-experts » dont un cinéaste (1).
Ainsi que l'a résumé l'un des participants, la réponse à cet apparent paradoxe (des évolutions positives, une vision alarmiste) est à chercher dans le « monopole » exercé de fait par certaines catégories d'experts dans les débats de société autour du vieillissement et ses conséquences : les démographes, les économistes et surtout les gériatres.
Portant tout spécialement son attention sur ces derniers, un des participants du colloque, Bernard Ennuyer, directeur d'un service d'aide à domicile et sociologue de formation, a montré comment ils sont parvenus à s'imposer aux yeux des pouvoirs publics comme les spécialistes des questions de dépendance en donnant du même coup à cette notion une signification essentiellement biomédicale.
Les médecins gériatres érigés en experts
Rappelons que cette notion de dépendance, empruntée au langage courant, s'était intégrée dès les années 70 dans le vocabulaire médical avec la prise de conscience du vieillissement démographique de la population française. Mais alors que dans son sens usuel la dépendance peut renvoyer à l'idée de solidarité, chez les gériatres, elle connote d'emblée l'idée d'assujettissement. « La dépendance est présentée comme un état biolo- gique de l'individu lié à l'avance en âge, principalement défini par l'incapacité de la personne et par le besoin qu'elle a d'être aidée et ce, pourrait-on ajouter, à sens unique. » D'autres définitions, moins réductrices, avaient pourtant été proposées au milieu des années 70 par des spécialistes des sciences humaines comme celle du psychologue Joep Munnichs et du sociologue Wim Van den Heuvel, tous deux néerlandais, qui mettaient davantage l'accent sur la dimension relationnelle de la dépendance (2). De même, quelques années plus tard, le sociologue Albert Memmi la définissait comme une « relation contraignante, plus ou moins acceptée, avec un être, un objet, un groupe ou une institution, réels ou idéels, et qui relève de la satisfaction d'un besoin (3)».
Remis en 1979, le premier rapport consacré en France à la question de la dépendance (4) va cependant trancher en désignant par « personne âgée dépendante » tout vieillard qui, « victime d'atteintes à l'intégralité de ses données physiques et psychiques, se trouve dans l'impossibilité de s'assumer pleinement et, par là même, doit avoir recours à une tierce personne pour accomplir les actes ordinaires de la vie ».
Pour B. Ennuyer, cette orientation sémantique ne faisait que traduire la « victoire » de la vision médicale portée par les médecins gériatres promus ainsi au statut d'experts par des politiques qui souhaitaient mettre en place une législation en direction des personnes âgées dépendantes.
Ce statut d'experts, les médecins gériatres l'ont conforté depuis grâce à la mise au point d'outils de mesure de la dépendance élaborés à partir de leur expérience au sein des institutions d'hébergement, à commencer par l'outil Aggir. Ce dernier consiste à définir la personne et à déterminer l'aide dont elle aurait besoin à partir d'indications portant uniquement sur sa capacité ou incapacité à faire des actes ordinaires de la vie quotidienne. Six niveaux sont ainsi distingués (du GIR1 pour les plus « incapables », au GIR6 pour les plus « capables »).
B. Ennuyer y voit la preuve d'une alliance objective entre la corporation des médecins gériatres et des politiques soucieux de gérer au mieux les dépenses de santé dans le domaine de la dépendance : non seulement la Caisse nationale d'assurance vieillesse a rendu obligatoire le « girage » des candidats à l'aide à domicile mais encore ce sont les résultats des tests qui détermineront l'attribution de la prestation dépendance (les GIR 1, 2 et 3 en bénéficiant prioritairement).
Une prospective du présent pour des futurs souhaitables
La vision gériatrique de la dépendance est d'autant plus problématique qu'elle tend à exclure ce que le philosophe Michel Foucault nommait le « savoir des gens », ou ce que des sociologues comme Michel Callon et Bruno Latour appellent les « savoirs profanes » : les savoirs que les individus acquièrent à travers leur expérience personnelle, en l'occurrence la maladie. « Les experts font comme si ces gens très vieux ne savaient pas ou n'avaient jamais appris à faire face aux difficultés de la vie quotidienne, comme s'ils étaient de jeunes enfants sans expérience de la vie, alors que justement la caractéristique des personnes de 80 ans et plus est que, tout simplement, ils vivent depuis 80 ans et ont donc accumulé tout un savoir lié aux difficultés de la vie qu'ils ont rencontrées et à la façon dont, d'une façon ou d'une autre, ils les ont surmontées ou ont fait avec. »
D'autres experts ont certes leur voix au chapitre comme les démographes par exemple. Mais alors, objecte B. Ennuyer, « on réduit la vieillesse à n'être que la proportion des personnes de plus de tel âge (50, 60, 65, 80 ans) dans la société, et à n'être qu'affaire de taux de natalité, de mortalité et de fécondité ! » De manière générale, « vouloir trouver des experts de la vieillesse, c'est forcément réduire ce fait social très complexe à une seule de ses multiples composantes ».
Non qu'il faille faire l'économie des experts et de l'expertise. Mais sans doute convient-il de veiller à éviter, comme on l'observe souvent, que l'« expert mandaté » ne se transforme en « expert instituant » (les nouvelles normes au nom de son savoir), suivant la distinction proposée par le sociologue Robert Castel au milieu des années 1980.
Au-delà de la remise en cause du statut privilégié dont jouissent l'expertise en général et les experts en particulier, les discussions autour du vieillissement ont également visé la prospective, comprise habituellement comme l'élaboration de scénarios relatifs aux tendances lourdes de la société pour appuyer la décision des dirigeants. A cette conception classique, Edith Heurgon oppose depuis plusieurs années une « prospective du présent » consistant à confronter les savoirs experts avec, justement, les savoirs profanes (5). Il s'agit aussi de repérer les tendances de fond de la société à partir de l'examen de ces signaux faibles que sont les initiatives et expériences portées par des individus ou des collectifs. L'enjeu n'est pas tant d'anticiper le futur, en le cernant entre des hypothèses basses et hautes, que d'élaborer des « futurs souhaitables » en impliquant les acteurs concernés dans des démarches de coconstruction de solutions et de savoirs appropriés. C'est dire si cette conception de la prospective a partie liée avec la logique de l'« intelligence collective » mais aussi la gouvernance qui, dans son acception large renvoie, rappelons-le, à des formes de coopération impliquant une pluralité d'acteurs. La gouvernance qui fut précisément au centre du premier volet de ce cycle « La prospective d'un siècle à l'autre » dont le colloque sur l'expertise et le débat public constituait le second volet (6).
NOTES
1
F. Goux-Baudiment, E. Heurgon et J. Landrieu, Prospective, vol. II, Expertise, débat public : vers une intelligence collective, L'Aube/Cerisy, 2001.
2
J. Munnichs et W. Van den Heuvel, Dependency or Interdependency in Old Age, Nijhoff, 1976.
3
A. Memmi, La Dépendance, Gallimard, 1979.
4
Rapport Arreckx commandé par le Premier ministre de l'époque, Raymond Barre, 1979.
5
Entretien avec É. Heurgon, Libération, 7-8 juin 2003.
6
É. Heurgon et J. Landrieu (dir.), Prospective, vol. I, Prospective pour une gouvernance démocratique, L'Aube/Cerisy, 2000. Pour plus d'information sur les autres colloques organisés depuis dans le cadre de ce cycle : http://www.ccic-cerisy.asso.fr
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