Les acteurs de la filière n'ont pas tous la même définition de la dépendance
Une classification existe, mais elle est imparfaite. Le gouvernement devrait bientôt légiférer
uand ma mère est devenue dépendante, nous avons réalisé que, selon les intervenants vers lesquels nous nous tournions, elle n'était pas traitée de la même façon ", raconte Jean, un retraité parisien. Services sociaux, aide départementale aux seniors, aide sociale de la mairie et compagnies d'assurances n'ont pas la même approche du problème. Comment l'expliquer ? En fait, il n'existe pas de définition commune permettant de caractériser l'état pathologique d'un individu.
" A l'heure actuelle, les assureurs, caisses de retraite et intervenants publics n'ont pas la même lecture de ce qu'est la dépendance, explique Jean-François Ropelewski, directeur marketing du groupe AG2R La Mondiale. Cela explique qu'une personne peut être considérée comme partiellement dépendante par l'aide sociale, mais pas par sa compagnie d'assurances. "
Pour mesurer la perte d'autonomie, l'outil le plus largement utilisé est la grille de l'Aggir (Autonomie, gérontologie, groupe iso-ressources), destinée à évaluer le degré de dépendance physique et psychique. Cette grille détermine six groupes iso-ressources (les GIR), dans lesquels les personnes sont classées après un examen réalisé par leur médecin traitant, puis confirmé par un professionnel en gérontologie travaillant pour les services sociaux.
Un individu classé en GIR 1 est gravement dépendant - tant physiquement que mentalement - et a besoin d'une aide quotidienne et d'une présence constante à ses côtés. Le GIR 2 concerne plutôt les personnes qui ne peuvent plus se déplacer, mais dont les fonctions mentales demeurent intactes, ou celles qui ont perdu leurs facultés mentales, mais peuvent se déplacer seules. Lorsqu'un individu appartient à l'une de ces deux catégories, il est considéré comme totalement dépendant.
Les groupes GIR 3 et GIR 4 rassemblent les personnes qui ont conservé l'intégralité de leur autonomie mentale, mais sont diminuées physiquement et ont besoin d'aide dans la vie courante. La plupart sont considérées comme partiellement dépendantes.
Enfin, ceux qui n'ont besoin que d'une aide ponctuelle dans leur vie quotidienne sont classés en GIR 5, et ceux qui n'ont pas perdu leur autonomie pour les actes essentiels de la vie courante appartiennent à la catégorie GIR 6.
Dans le domaine de la dépendance, la classification GIR est essentielle, car elle détermine si une personne peut bénéficier de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA), pour l'aider à financer le coût de sa dépendance. " Cette aide est versée uniquement aux personnes classées en GIR 1 à GIR 4. Son montant varie en fonction du niveau de dépendance et des revenus de l'assisté ", précise Jean-Fançois Ropelewski.
A cette classification de base s'en ajoute une autre, basée sur un certain nombre d'actes de la vie quotidienne (dite avec AVQ), souvent utilisée par les assureurs. Sont considérées comme totalement dépendantes les personnes qui ne peuvent effectuer seules au moins trois des quatre actes quotidiens de la vie ordinaire (se déplacer, s'habiller, se laver, se nourrir). " Cette définition a l'avantage d'être simple, et compréhensible par tous nos assurés, confie Hervé Bouclier, directeur général de la MACSF-Epargne retraite. Un simple examen médical est généralement suffisant. "
Pour affiner leur analyse, certains assureurs soumettent leurs assurés à leurs propres tests afin de déterminer leur degré de sénilité. Mais si la mesure de la perte totale d'autonomie fait plutôt consensus, il n'en est pas de même pour la perte partielle. " Il est beaucoup plus compliqué de définir ce qu'est la dépendance partielle, car les approches des acteurs du public et du privé sont très différentes ", confirme Hervé Bouclier. Des divergences existent parfois au sein même des services sociaux, selon les départements qui analysent les dossiers.
Bonne nouvelle, cependant : pour mettre tous les Français sur un pied d'égalité, le projet de loi sur l'autonomie - attendu depuis deux ans et annoncé pour 2010 - devrait instaurer une norme commune pour tous les intervenants du secteur.
Marie Pellefigue
© Le Monde
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