Les Français face au défi de la dépendance
Un million de personnes pourraient se retrouver en situation de perte d'autonomie dans dix ans. Des solutions existent pour couvrir ce risque
n 2015, deux millions de personnes auront plus de 85 ans. Certaines d'entre elles verront leur autonomie décroître au fil des ans et ne pourront plus assumer les gestes simples de la vie quotidienne comme s'habiller, se nourrir et se déplacer.
Qu'avons-nous fait et que reste-il à accomplir pour accompagner nos aînés ? Nous n'avons que trop longtemps fermés les yeux un peu par pudeur, beaucoup par inconscience devant les conséquences d'une plus grande longévité. Que devient le projet de Nicolas Sarkozy de créer un " cinquième risque " ? La crise a remisé dans les cartons ces projets ambitieux. Espérons que ce choix ne sera que momentané.
Certes, il y a eu quelques mesures mais il s'agit plus de rénovations partielles que de véritables constructions, car nous ne savons toujours pas aujourd'hui ce que seront l'architecture et le financement de la " dépendance ".
Des outils existent, mais sont-ils vraiment adaptés à la situation ? Créée en 2001, l'aide personnalisée à l'autonomie (APA) est versée à plus d'un million de personnes, mais paradoxalement elle ne répond pas à ceux qui en ont le plus besoin, les plus dépendants.
Des organismes dédiés ont été mis en place comme la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Mais travaillent-ils main dans la main avec les conseils généraux ? Sont-ils des facilitateurs ou une couche supplémentaire " du mille-feuille décisionnel " dont notre pays a le secret ?
Le " plan Alzheimer " qui prévoit 1,6 milliard d'euros de dépenses publiques sur cinq ans, la création des agences régionales de santé, la prise en compte de la formation du personnel, tout cela va dans le bon sens, mais ce ne sont que les membres d'un squelette auquel manquerait la colonne vertébrale. Nous ne pouvons ignorer que les dépenses liées à la dépendance (1,4 % du PIB) vont en Europe doubler d'ici à 2060 !
Le président de la République annonçait en mai que " la question de la création d'un cinquième risque lié à la dépendance serait l'un des grands chantiers de l'année 2010 ". Grand chantier, grande ambition ? Nous l'espérons.
Cinquième risque
France Info et Le Monde, aux côtés de l'Ocirp, qui regroupe trente-neuf institutions de prévoyance, ont fait de la mise en place du cinquième risque une priorité au point d'y consacrer une journée spéciale, une édition dédiée et la mise en place d'un baromètre depuis 2008.
Des actes de colloques, issus de ces journées spéciales, se veulent des contributions à la réflexion collective. Jeudi 3 décembre, dans les studios de Radio France à l'occasion de la deuxième journée de la dépendance, Le Monde et France Info ont interrogé le ministre Xavier Darcos, et la secrétaire d'Etat Nora Berra, écouté et questionné les spécialistes, sociologues, économistes, spécialistes de l'action sociale.
De cette journée d'échange entre experts et responsables politiques, il a été tiré par les institutions de prévoyance membre de l'Ocirp, des propositions remises en main propre aux responsables politiques concernés et portées à la connaissance du président de la République. Jean Manuel Kupiec, directeur général adjoint de l'Ocirp, s'est porté garant de la synthèse. L'avenir dira si ces propositions seront suivies d'effets ou si nous laisserons les générations futures prendre la mesure du défi.
Par Patrick Lelong
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