Des contrats complexes et difficiles à comparer
En cas de perte d'autonomie totale ou partielle, le souscripteur d'une assurance dépendance perçoit une rente jusqu'à son décès
HEIDI JACQUEMOUD
eux millions de personnes en France sont assurées contre le risque de dépendance, d'après la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA). Un quart d'entre elles sont couvertes par un contrat collectif, par exemple dans le cadre de leur entreprise. Les autres ont décidé de souscrire elles-mêmes une assurance dépendance.
Ces assurances fonctionnent à fonds perdus, comme l'assurance automobile. Si l'assuré ne devenait pas dépendant, il aurait cotisé " pour rien ", mais, de la même façon qu'un bon conducteur règle son assurance sans parfois jamais faire appel à ses services.
A l'inverse, si l'assuré devient dépendant, s'il ne peut plus réaliser seul les principaux actes de la vie quotidienne (s'habiller, se nourrir, se laver, se déplacer, etc.), l'assureur lui verse, jusqu'à la fin de ses jours, une rente non imposable dont le montant a été fixé lors de la souscription du contrat.
Mais contrairement à l'assurance automobile, l'assurance dépendance n'est pas obligatoire. Libre à chacun de décider, en fonction de ses prévisions de revenus à la retraite et du coût des établissements spécialisés, de l'opportunité de s'assurer. L'écart éventuel entre les revenus (retraite, allocations, revenus de l'épargne, etc.) et les besoins peut servir de référence pour calculer la rente nécessaire en cas de dépendance. A noter, les couples souscrivant ensemble une assurance dépendance bénéficient généralement d'une réduction sur le montant de la cotisation.
Dépendance partielle
Le niveau de cette rente, associé à l'âge du souscripteur et à son état de santé, détermine alors le montant de la cotisation. Plus l'assuré est jeune et en bonne santé, moins il paie cher. Ainsi, une personne de 60 ans va débourser 21,90 euros par mois pour percevoir une rente mensuelle de 500 euros en cas de dépendance totale chez Predica, ou 42 euros avec l'option dépendance partielle.
Certains contrats proposent, en effet, de s'assurer contre le risque de dépendance partielle. Le souscripteur est alors assuré de percevoir la moitié de sa rente s'il perd en partie son autonomie. Cette notion, comme celle de dépendance totale, doit bien sûr être validée par les services médicaux de l'assureur en fonction, par exemple, de la grille d'évaluation GIR (groupes iso-ressource).
" Les besoins de la personne et le coût engendré par la perte d'autonomie sont parfois presque aussi lourds en cas de dépendance partielle qu'en cas de dépendance totale, confie Karine d'Auzac de Lamartinie, responsable prévoyance des particuliers et des professionnels chez Predica (Crédit agricole Assurances). Il faut souvent adapter son logement, recourir à une aide à domicile, etc. C'est pourquoi nous proposons aussi à nos assurés de couvrir ce risque. "
En revanche, AG2R La Mondiale a choisi d'assurer uniquement le risque de dépendance totale. " Le risque de dépendance partielle est conditionné par une multitude de facteurs qu'il est difficile d'appréhender, explique Jean-François Ropelewski, directeur du marketing du groupe. Mais nous proposons en option de notre contrat Safir Plus Autonomie un capital de 3 000 à 30 000 euros en cas de dépendance partielle."
De nombreux contrats incluent donc un capital permettant à la personne dépendante d'équiper son logement. Ainsi, une personne de 65 ans souhaitant percevoir une rente de 500 euros par mois ainsi qu'un capital de 3 000 euros en cas de dépendance totale doit verser une cotisation mensuelle de 41,21 euros (ou 32,91 euros sans capital).
La plupart des contrats d'assurance dépendance donnent accès à des services téléphoniques d'assistance, permettant, par exemple, de trouver une aide ménagère ou, plus généralement, de répondre à l'ensemble des questions de l'assuré. Attention, ces services sont souvent réservés aux assurés devenus dépendants. A noter également, les contrats dépendance font l'objet d'un délai de carence pendant lequel l'assuré n'est pas couvert s'il devient dépendant. Autrement dit, si l'assuré devient dépendant durant les premières années de cotisation (généralement trois ans), il n'est pas couvert. Heureusement, ce délai ne s'applique généralement pas si la dépendance survient de façon accidentelle. La panoplie des services proposés varie considérablement d'une compagnie d'assurances à l'autre, ce qui rend les comparaisons difficiles, en particulier pour la dépendance partielle.
L'idée d'un label permettant de certifier les contrats en fonction de la nature et de la qualité des prestations fait son chemin. C'est l'une des pistes actuellement étudiées par le gouvernement, qui semble décidé à avancer rapidement sur ce sujet.
Agnès Lambert
© Le Monde
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